La solution : la création d’un observatoire impartial.

« Les nouveaux mouvements religieux devraient faire l’objet d’études sérieuses, dépassionnées. Il faudrait les aborder sur le plan scientifique et cesser de les vouer aux gémonies chaque fois qu’on prononce leur nom. Que l’on sache enfin de quoi l’on parle! Le gouvernement devrait encourager les recherches sérieuses, dans le cadre du CNRS en particulier, s’il est convaincu qu’il faut prévenir et informer avec impartialité. » (Jean Séguy)

A l’inverse des autres démocraties, la France ne dispose d’aucun observatoire impartial pour étudier le phénomène des nouveaux mouvements spirituels et religieux. Pourtant le Conseil de l’Europe a recommandé à plusieurs reprises la création de tels observatoires (voir par exemple la recommandation 1202 relative à la tolérance religieuse dans une société démocratique et la recommandation 1412). Le rôle d’un tel observatoire serait de recueillir sur les nouveaux mouvements religieux des statistiques fiables, d’encourager les travaux scientifiques, d’informer avec impartialité les pouvoirs publics et la presse, de conseiller les parents ou les anciens membres, de servir d’instance de médiation en cas de conflit. Par contre, la France finance sur fonds publics des groupes de pression comme l’ADFI et le CCMM et elle a créé une mission interministérielle de “lutte” contre les sectes. Dans ces conditions il n’est nullement surprenant que l’image des nouveaux mouvements spirituels et religieux donnée aux citoyens français soit une image exclusivement négative, les médias s’alimentant auprès de ces organisations. L’aboutissement logique est donc la création d’une législation d’exception à caractère liberticide. Avec la France, seules la Russie et la Chine ont adopté récemment une telle législation. Dans la plupart des autres pays, qui disposent d’observatoires impartiaux, la tendance est à l’apaisement et au dialogue entre les pouvoirs publics et les nouveaux mouvements spirituels et religieux. Les dérives, quand elles existent, sont réprimées avec l’application de l’arsenal législatif existant. Ainsi, après la séparation de l’Eglise luthérienne de Suède et de l’Etat, entrée en vigueur le 1er janvier 2000, la Suède a créé un statut de “communauté religieuse” et a accordé ce statut, avec d’autres avantages, à des mouvements qui font l’objet d’une inquisition d’Etat en France, comme l’Eglise de Scientologie ou les Témoins de Jéhovah. Dans le rapport d’une commission publié en 1998, la Suède renonçait à utiliser le terme “secte” et lui préférait celui de “nouveaux mouvements religieux”. Le rapport parvenait à la conclusion que les nouveaux mouvements religieux ne représentaient pas une menace sérieuse pour l’ordre démocratique et que toute violation de la loi devrait être traitée dans le cadre des dispositions légales existantes. La commission recommandait par ailleurs la création d’un institut de recherche conçu comme intermédiaire entre les groupes religieux et la société. Récemment la Suisse, dans un rapport à l’intention du Département fédéral de justice et de police publié en décembre 2000, a conclu que la situation avec les nouvelles religions n’avait pas changé de manière significative depuis 1998 et qu’il y avait lieu de renoncer à une surveillance préventive par les organes de protection de l’Etat, tout en continuant à échanger, par l’entremise de la police fédérale ou d’une autre autorité responsable de la protection préventive de l’Etat, des informations sur les événements et les derniers développements dans le domaine.

Voici une liste non exhaustive des observatoires mis en place dans différents pays, pour informer de manière impartiale sur le sujet des nouveaux mouvements spirituels et religieux. Ces observatoires ont tous en commun d’être totalement indépendants, financièrement et statutairement, des groupes qu’ils étudient. Certains sont subventionnés par les pouvoirs publics.

Inform (Grande-Bretagne) : Observatoire créé en 1988, subventionné par le ministère de l’intérieur, comprenant dans son conseil d’administration des représentants des grandes religions et des sociologues.

Cesnur (italie) : Observatoire créé en 1988 par des sociologues des religions. Le Cesnur gère la plus importante collection d’ouvrages en Europe sur les nouveaux mouvements religieux (20 000 volumes).

Institute for the Study of American Reflgion (États-Unis) : Observatoire créé en 1969 par des sociologues des religions. Il gère la plus importante collection d’ouvrages au monde sur les nouveaux mouvements religieux (50 000 volumes).

Remid (Allemagne) : Observatoire créé par des sociologues des religions en 1989.

Finyar (Suède) : Observatoire créé en 1995 par des universitaires de l’université de Stockholm.

Isorecea (Pologne) : Observatoire créé en 1995 par des sociologues des religions provenant essentiellement des pays d’Europe centrale.

New Religions Research and Inforniation Center (Lituanie) : Observatoire créé en janvier 2001 par des sociologues, des psychologues, des juristes, des historiens et des théologiens.

VIK, centre d’information sur La religion (Hongrie) : Observatoire créé récemment par des universitaires au sein du département d’étude des religions, fondé en 1996.

Observatoire des religions (Suisse) : Observatoire créé en 1999 à l’université de Lausanne, au sein du Département Interfacultaire d’Histoire et de Sciences des Religions.

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