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Vies détruites, familles et carrières ruinées
“Il se développe, sous couvert de lutte contre les sectes, un climat méfiance à l’égard de tous les mouvements religieux, qui pourrait confiner à une véritable hystérie, et menacer les grandes libertés et la laïcité qui suppose le pluralisme et la liberté de conscience et d’opinion.” (Alain Boyer)
Pour enquêter sur les conséquences de la “chasse aux sorcières” qui sévit en France contre les nouvelles formes de spiritualité et de religiosité, une commission d’experts s’est réunie le 3 mars 2000 à Paris. Cette journée était organisée par différentes minorités spirituelles avec la participation de l’Omnium des Libertés, une association loi 1901 constituée pour défendre la liberté de conscience au lendemain de la publication du premier rapport parlementaire, en 1996, mettant 172 groupes religieux ou spirituels à l’index. La commission était constituée par :
- le révérend L’heureux du Conseil national des Églises chrétiennes à New York,
- Irving Sarnoff, président de l’ONG “Les Amis des Nations unies”, vétéran de la défense des droits de l’homme aux États-unis,
- Joèl Labruyère, président de l’association “Omnium des Libertés”,
- Gabrielle Yonan, sociologue allemande,
- le pasteur Hostetter, premier pasteur de l’Eglise protestante libérale de Belgique,
- Philippe Gast, docteur en droit.
Plusieurs dizaines de personnes venues de différentes régions de France ont témoigné de la discrimination dont elles ont été victimes du fait de leurs croyances ou de leurs idées.
Face à l’affluence des témoignages de membres de près d’une quarantaine de minorités spirituelles, parmi lesquelles Sukio Mahikari, l’Eglise universelle du Royaume de Dieu, l’Eglise de Scientologie, La Famille, Hare Krishna, Galacteus, La Maison de Jean, l’Eglise de l’Unification, Hotus, l’Ordre d’Avallon, le Temple initiatique, l’Eglise raèlienne, Energie et Créativité, etc. , il a été décidé de rendre cette commission d’enquête permanente et itinérante de façon à recueillir des témoignages dans les principales villes de France. Les personnes faisant l’objet de discrimination se sont fédérées en une Coordination des associations et particuliers pour la liberté de conscience. Cette Coordination a été créée avec l’appui des experts présents. La commission d’enquête permanente s’est ensuite rendue à Marseille, le 29 mars, à Lille, le 19 avril, à Lyon, le 28 avril, à Rennes, le 17 mai, à Bruxelles, le 26 mai, à Auxerre, le 10 juin, et à Tours, le 29 juin.
Les récits qui suivent sont extraits des 150 témoignages recueillis lors des audiences.
1. Orthophoniste et naturopathe, il est dénoncé comme “gourou” Dans une petite ville de province, cela ne pardonne pas.
PB. Naturopathe de formation exerçant dans le Sud-Ouest a été l’objet d’une campagne médiatique qui a eu pour résultat de lui faire perdre son emploi. ‘je viens témoigner pour un ami, PB., qui habite dans le Sud- Ouest et qui ne peut être présent aujourd’hui. Naturopathe de formation depuis seize ans à Bayonne, il pratique l’iridologie, l’aromathérapie et le traitement par les huiles essentielles. Orthophoniste depuis huit ans, il pratique aussi le Radja Yoga des Brahma Kumaris.
Dès 96, l’ADFI a mené, dans le Sud-Ouest, une campagne d’information dans les écoles primaires et secondaires ainsi que dans les universités sur le danger que représentent toutes les minorités spirituelles qu’ils qualifient de “sectes” et dont les Brahma Kumaris font partie. Sur Radio-France Pays Basque, P.B. présentait bénévolement depuis plus d’un an et demi des émissions sur la naturopathie. L’ADN a prétendu que PB était le gourou de la “secte” des Brahma Kumaris. Suite à ces pressions, la direction de la radio lui a interdit de continuer ses émissions.
PB. Exerçait sa profession d’orthophoniste à Saint-Palais, petite ville de quinze cents habitants, juste à côté de Bayonne où il était connu de tous les habitants. En 1997, une réunion de l’ADFI dénonçait les activités des “sectes” en général en France et ils ont consacré plus de la moitié de cette réunion à P.B. Cela a représenté un énorme choc pour ses amis et tous les gens qui le connaissaient dans cette ville. Ensuite, en 1998, un article est paru dans le journal Sud-Ouest qui mettait les Brahmâ Kumaris en première ligne. L’article parlait de PB. Sans citer précisément son nom, mais avec suffisamment de détails pour qu’on puisse le reconnaître. Suite à cela, il a perdu 60 % de sa clientèle. Il a reçu de nombreux appels téléphoniques anonymes, des menaces, des moqueries, même de nuit. Ensuite on lui a demandé de quitter le bureau d’une association qui organisait des conférences, l’Université d’études libres. On le tenait pour responsable de la perte des adhérents, des cotisations, du public, vu la suspicion qui régnait sur son appartenance à une “secte”. On lui a demandé de quitter cette association.
Dernier épisode, P.B. était visiteur de prison depuis huit ans à titre de naturopathe. Le directeur du service régional pénitentiaire de Bordeaux lui a retiré son agrément parce qu’il était membre d’un “mouvement à caractère sectaire”.
2. Il y a eu une perquisition dans les locaux avec des interrogatoires systématiques de notre entourage et de membres assez proches. Les policiers ont essayé de faire passer ces personnes pour des victimes, et quand les gens refusaient d’avouer ou de reconnaître des choses qui n’existaient pas, alors, ils devenaient complices de nos agissements. La technique est simple soit victimes, soit complices… Claude “J’étais, à l’époque, un des responsables de la Maison de Jean, une école de recherche et de réflexion spirituelle. J’étais également gérant d’une SARL. J’étais bénévole pour ces deux activités. Par ailleurs, j’avais un travail rémunéré puisque j’étais cadre de direction dans un organisme de formation. Avec une amie assez proche, qui n’a jamais été membre de l’association, nous avons eu un conflit qui serait trop long à expliquer ici. Comme nous étions une association spirituelle, elle a trouvé malin de nous accuser d’être une “secte” pour nous nuire au maximum. Pour assouvir sa vengeance, elle est allée voir l’ADFI, la préfecture du département ainsi que quelques-unes de nos relations avec la volonté d’étouffer notre mouvement. Les attaques en correctionnelle et au civil ont commencé contre le président du mouvement, sans aucun résultat. Nous avons essayé de prendre contact avec l’ADFI pour savoir ce qu’on pouvait nous reprocher, mais chaque fois fi y a eu refus de dialogue. Nos ennemis sont donc passés à la vitesse supérieure en nous dénonçant à la préfecture sur un ensemble d’opérations complètement inventées, mais qui a suffi à déclencher une enquête. Un beau matin, la police a débarqué dans nos locaux en perquisitionnant aussi nos domiciles privés. J’ai été interpellé sur mon lieu de travail pour 48 heures de garde à vue. Je rappelle que j’étais cadre de direction. Ensuite, nous avons été amenés au palais de Justice à Paris où nous avons passé la nuit en cellule, avec des cafards et autres bestioles Pendant ce temps-là, il y a eu une perquisition dans les locaux avec des interrogatoires systématiques de notre entourage et de membres assez proches. Les policiers ont essayé de faire passer ces personnes pour des victimes, et quand les gens refusaient d’avouer ou de reconnaître des choses qui n’existaient pas, alors ils devenaient complices de nos agissements. La technique est simple soit victimes, soit complices… Les comptes des dirigeants de l’association et de la SARL ont été bloqués, ce qui a conduit au licenciement des personnes salariées. Pendant la perquisition, la police a récupéré des factures adressées à nos clients. Elle a communiqué ces pièces à nos détracteurs qui ont contacté nos clients pour leur dire que nous étions une “secte”. Sans la communication par la police de ces pièces à des personnes extérieures, nous n’aurions pas eu les dommages que nous avons subis. Ensuite nous avons eu un contrôle fiscal sur l’ensemble des personnes physiques et des personnes morales. Quand la police a vu que rien ne bougeait dans l’entreprise où je travaillais, ils sont venus à quatre inspecteurs — le grand jeu — pour interroger mon employeur et savoir si je ne faisais pas de prosélytisme dans l’entreprise. Mon employeur a tenu bon pendant un mois et quand la police a su que je n’étais toujours pas parti, ils ont menacé le directeur d’un scandale. La police a tout fait pour que je sois licencié. Donc, effectivement, je me suis retrouvé au chômage avec une carrière brisée puisque je suis un autodidacte et que j’avais grandi professionnellement dans l’entreprise, où j’étais arrivé à un poste correspondant au numéro trois. J’ai dû vendre un appartement dont je ne pouvais plus payer les échéances. J’ai recherché du travail après, sans en trouver, la police s’arrangeant aussi pour faire connaître ce qu’on me reprochait. En 95, dans nos locaux, se déclencha un incendie d’origine indéterminée. L’assurance avait accepté de régler le sinistre sans problème jusqu’à la parution du rapport parlementaire de 96 où nous étions cités. Suite à cela, la compagnie d’assurance a refusé de régler l’incendie et a porté plainte contre X. Cela a donné lieu à une nouvelle perquisition, dans nos nouveaux locaux, avec encore des gardes à vue, pour un incendie dans lequel nous n’avions rien à voir. Enfin ça s’est soldé par un non-lieu, mais aujourd’hui encore nous sommes toujours en procès avec la compagnie d’assurance pour être réglés et le seul motif est : “C’est une secte, ils ont mis le feu à leurs locaux.” En ce qui concerne les médias, nous avons eu droit à toutes les recettes et calomnies utilisées contre les minorités spirituelles. Une chaîne comme CANAL+ nous a traînés dans la boue sans que nous puissions rien faire. Nous sommes actuellement en procès pour diffamation, faux et usage de faux contre FR 3.”******3. En tant que formateurs, si nous voulons travailler pour de grandes organisations européennes ou françaises qui ont lu Le rapport “Les sectes et argent”, je dois aller demander à L’ADFI un certificat de bonne conduite.
Christian “En tant que psychosociologue, je dirige un organisme de formation depuis une quinzaine d’années. Mon premier “tort” est d’enseigner différentes disciplines psychologiques, notamment la PNL — programmation neurolinguistique — dont on a dit, ici et là, depuis plusieurs années, que c’était une “secte”. Dans les séminaires que je peux animer dans de grandes entreprises et des administrations, je parle assez régulièrement et très librement de spiritualité. Je n’ai jamais appartenu à aucune organisation spirituelle, religieuse, ou mystique. En 1994, j’ai lancé un mouvement politique qui a présenté une liste aux élections européennes, pour défendre notamment la liberté de conscience et les libertés thérapeutiques. Il faut croire que tout cela a dû agacer un certain nombre de gens au pouvoir qui ont réussi à faire passer ma société de formation pour une filiale de la Scientologie, dans le rapport parlementaire de juin 1999 intitulé “Les sectes et l’argent”. Et cela alors même que je n’ai jamais eu une quelconque relation avec la Scientologie. En 1996, mon entreprise était florissante avec un peu plus de six millions de francs de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, nous avons un peu de mal à faire la moitié de ce chiffre d’affaires parce que, pour obtenir la même clientèle, je dois faire à peu près trois fois plus d’efforts pour faire face aux suspicions et aux questions. J’ai perdu plusieurs marchés depuis quelques mois avec un certain nombre de mes clients ou futurs clients. Un de mes associés est allé demander à Mme Janine Tavernier un certificat de “bonne secte” — pour avoir le droit de travailler. Celle- ci lui a dit: flh, ne me demandez pas de papier…” Nous en sommes là, aujourd’hui. En tant que formateurs, si nous voulons travailler pour de grandes organisations européennes ou françaises qui ont lu le rapport “Les sectes et l’argent”, je dois aller demander à l’ADFI un certificat de bonne conduite.
4. Un mari jaloux avait des problèmes avec sa femme quant au travail de développement personnel que suivait son épouse avec notre collaboratrice. Nous nous sommes donc retrouvés fichés à I’ADB et étiquetés “secte”. Les renseignements généraux ont été impliqués dans l’affaire, et ils nous disent qu’il n’y a que ça contre nous.
Marie: “Je suis présidente de l’association Espace Manuel à Aix-en-Provence. Notre équipe associative anime un centre de développement personnel et artistique qui propose diverses activités, que ce soit en groupe ou à titre individuel : danse créative, relaxation, etc. Nous organisons également des conférences. Nous avons démarré en septembre 92 sous le nom “Association Énergie et Création Aix Lubéron”. On a été très surpris de découvrir le 18 juillet 96, dans le journal L’Express, que nous étions assimilés à une “secte”. Et cela à cause d’une procédure de divorce. Un mari jaloux avait des problèmes avec sa femme quant au travail de développement personnel que suivait son épouse avec notre collaboratrice. Il a utilisé le fait que cette personne faisait un travail de développement personnel en groupe pour se venger et apporter de l’eau au moulin de son divorce. Il a donc déposé une plainte à Besançon en 1995. Nous nous sommes donc retrouvés fichés à l’ADFI et étiquetés “secte”. Les renseignements généraux ont été impliqués dans l’affaire. On a eu des contacts avec eux et ils nous disent qu’il n’y a que ça contre nous comme élément. A partir de ce moment-là, nous avons été considérés comme des pestiférés et des bannis par les autorités locales d’Aix-en-Provence. Donc en septembre 97 nous avons créé une autre association qui s’appelle Espace Manuel, avec des statuts différents, plus proches de nos activités et de la situation du moment. De 96 à 99, l’Office du tourisme de la ville d’Aix a refusé de diffuser nos documents. Ensuite, en septembre 97, la maison des associations qui organise ASSAGORA, la foire des associations à Aix, a refusé notre participation. Elle a donné notre place à une autre association et, depuis, nous n’avons plus notre place à ASSAGORA. Actuellement, nos documents sont toujours refusés systématiquement dans toutes les Maisons des jeunes et de la culture, et les établissements reliés à la ville d’Aix-en-Provence. On a eu un problème aussi au salon “Millepertuis et Sarriette” à Puy Ricard, en février 2000, parce que ce salon était relié à la municipalité de Puy Ricard, et comme nous étions une “secte”, nous n’avions donc pas notre place au salon. Finalement, ils ont accepté. Il y a eu aussi l’association “Graine de vie” qui a eu du mal à avoir une subvention de la ville d’Aix parce que justement cette association travaillait avec l’Espace Manuel. On a été reflués au salon “Artemisia” à Marseille, en novembre 99. Donc, depuis janvier 96, nous entendons toujours des propos diffamatoires qui concernent notre association et notre travail. Depuis 96, nous n’avons eu aucun contact avec les autorités politiques ou administratives de la ville d’Aix. Personne n’est venu se renseigner ou dialoguer avec nous. Par contre, j’ai appris tout récemment que nos conférences étaient surveillées par les services municipaux concernés.”
5. Je me suis présenté à plusieurs reprises devant L’ADFI qui m’accuse d’une chose bien particulière, c’est de ne pas penser comme tout Le monde. Un jour au téléphone, La présidente de L’ADFI de Lille m’a demandé: “Dites-moi un peu, quelle est votre position par rapport à Dieu ou à Jésus? ”
Thierry: “Le 22 janvier 1996, au lendemain de mon anniversaire, un de mes amis m’a dit: “Tu as vu, tu es dans La Voix du Nord. Dans la liste parlementaire sur les ‘sectes’ il y a l’institut de psychanimie.” Psychanimie est un néologisme signifiant psychologie de l’âme. Cette association fonctionnait sur le territoire français et travaillait avec les pays francophones comme la Belgique, le Zaïre, etc. J’ai toujours été élu membre du bureau. S’il y avait eu un problème quelconque dans cette association, j’aurais été effectivement aux premières loges. Je n’ai donc jamais eu de plaintes, d’enquêtes, de malversation quelconque. Aucun de nos étudiants et étudiantes ne se sont plaint de nos activités. Ma première réaction a été de croire à une erreur. Aussitôt j’ai pris le téléphone pour appeler, entre autres, M. Gest, le président de la commission. J’ai mis six mois pour avoir un rendez-vous au ministère de l’Intérieur où j’ai rencontré le général Morin et M. Guerrier de Dumas, responsable de l’Observatoire des sectes, l’ancêtre de la MILS. Je leur ai dit : “Messieurs, c’est à vous de me dire pourquoi je suis sur cette liste / il n’y a rien contre moi.” Ils m’ont dit : “il y a peut-être erreur, monsieur, on va rectifier ça.” En rentrant, je leur ai écrit que je prenais note qu’ils allaient rectifier cette situation. Tous les deux m’ont écrit : “Nous n’avons jamais dit ça. Nous étions là simplement pour vous écouter.” J’ai alors compris qu’il ne fallait plus se défendre mais attaquer, d’autant plus que, évidemment, je n’étais pas le seul président d’association qui n’avait rien à faire sur cette liste. Il y a quelque temps j’ai demandé à la CNIL — Commission nationale Informatique et Liberté — si j’étais sur les listes des fichiers de police. La CNIL m’a répondu : “Vous n’êtes pas sur les listes. Vous pouvez attaquer en diffamation pour excès de pouvoir le président du rapport parlementaire.” C’est donc ce que je fais depuis juillet de l’année dernière. J’ai donc écrit au tribunal administratif la lettre suivante dont voici des extraits qui permettent de mieux comprendre les préjudices que j’ai encourus :
1. Au niveau familial : Utilisation de cette injustice par mon épouse dans le cadre de mon divorce en cours et dans le but de me retirer tout droit de visite sur mes trois enfants. Étant enseignant de profession, j’ai toujours été un père présent pour l’éducation journalière, les vacances, etc. Cela fait deux ans que je ne vois plus mes enfants, après vingt ans de mariage.
2. Au niveau professionnel : Nombreuses perturbations et vexations, perte d’emploi évitée de justesse en tant qu’enseignant. J’ai menacé de faire intervenir un avocat lillois, spécialiste des droits de l’homme. Depuis ce moment-là, on me laisse tranquille. Je n’avais eu aucun problème dans mon établissement. Blocage professionnel évident, dans l’Éducation nationale et dans le privé où j’enseigne, à cause de cette étiquette qui me ferme désormais toutes les portes d’une possible évolution de carrière.
3. Au niveau syndical : J’étais représentant syndical, membre de la commission juridique du Nord de ce syndicat et défenseur aux Prud’hommes. J’ai dû démissionner de ma place de déléguer et défenseur aux Prud’hommes, suite à des rumeurs sur ma citation dans ce rapport. Quand j’ai demandé à mes collègues syndicalistes de me défendre, ils ont levé les bras au ciel et regardé en l’air, en me disant : “Oh, tu sais les sectes, c’est délicat… Cela va nous retomber dessus. Le syndicat CFDT ne peut pas se permettre ça…”
4. Au niveau moral Déshonneur, obligation constante de me justifier, constamment victime de suspicion à partir du moment où est collée l’étiquette de “secte” et que l’on est cité dans le rapport parlementaire.
5. Au niveau financier: Préjudice financier qui se compte en dizaines de milliers de francs. Déplacements, communications téléphoniques, actions, recours divers, etc.
6. Au niveau associatif: Perte importante de nouveaux adhérents, impossibilité d’expression publique : refus de location de salle, retrait de bulletins municipaux, retrait de subventions. Menace sur notre local régional, dépendant de la mairie et visité à mon insu par je ne sais qui. Préjudice financier élevé au niveau associatif évidemment. Je demande au législateur s’il peut y avoir en France des espaces de non-droit lorsqu’un citoyen est mis en cause par une commission parlementaire qui n’a rien prouvé. Est-il possible à un citoyen de se voir rayer, ainsi que son association, d’une liste où il est mis par erreur dans la mesure où aucune information ou preuve quelconque n’a été apportée depuis la parution du rapport? L’Association de psychanimie et moi-même, en tant que président, sommes manifestement ici devant un excès de pouvoir remettant gravement en cause la démocratie. J’engage tout le monde ici à faire un recours en justice. Je me suis présenté, à plusieurs reprises, devant l’ADFI qui m’accuse d’une chose bien particulière, c’est de ne pas penser comme tout le monde. Un jour, au téléphone, la présidente de l’ADFI Lille m’a demandé : “Dites-moi un peu, quelle est votre position par rapport à Dieu ou àJésus ?“ J’ai répondu “Madame, ça ne vous regarde pas.” Elle a insisté : ‘Allez, comme ça, rien qu’entre nous… dites-moi ?“J’ai répondu : “Écoutez, pour moi Jésus, Bouddha, Mahomet, Krishna, etc., ce sont des personnages de haut niveau, venus sur la terre pour apporter une sagesse à l’humanité. Mais pour moi, c’est pareil, c’est une continuité.” Elle m’a répondu, offusquée : “Oh, mais je ne vous autorise pas à parler comme ça de Jésus. D’ailleurs vous ne pouvez pas parler de Jésus et de la religion catholique avec de telles conceptions.”
J’avais également écrit à Mme Tavernier, présidente de l’UNADFI, en lui demandant les raisons pour lesquelles je figurais dans le rapport parlementaire. Dans cette lettre, je démontrais que j’avais subi des préjudices au sein de mon établissement. En tant que sophrologue de formation, je donnais, depuis dix ans, des cours de sophrologie à des élèves de 6ème et de 5ème , aux professeurs et à mes collègues documentalistes. Mon chef d’établissement m’a dit attention, ici on ne prend pas de risques, parce que la sophrologie est souvent utilisée par les sectes. Il vaudrait donc mieux que tu arrêtes de faire de la sophrologie dans l’établissement,” Et cela alors que j’avais l’assentiment et l’accord de tous depuis dix ans et que nous étions même montrés comme établissement pilote grâce à cela. J’ai donc fait mention de cela auprès de Mme Tavernier, de l’UNADFI. Elle m’a répondu par lettre ‘je ne sais pas du tout pourquoi vous avez été cité, il y a peut—être une erreur, mais ceci dit, je crois comprendre vous faisiez de la sophrologie et la sophrologie c’est dangereux. La sophrologie doit être mise entre les mains des médecins, vous comprenez, pas du tout entre les mains des enseignants, ça doit être pour ça que vous êtes placé dans la liste des sectes.
6. Nous avons été deux fois victimes d’attentat à la bombe. Une fois, en 1976, une jeune fille a perdu sa main dans l’attentat, et une autre fois en 96, juste au moment où le rapport parlementaire sur les sectes a été publié. Jean-François “J’ai rejoint l’Église de l’Unification il y a 25 ans à peu près. J’ai eu des démêlés avec l’ADFI dès sa création. J’ai entendu plusieurs témoignages dramatiques lors de ces audiences publiques sur la discrimination, notamment à Paris avec des gens qui pleuraient. Quand je les écoutais, je me suis dit que nous étions aussi passés par là. Nous avons eu des perquisitions et pas mal de problèmes. Je me suis aperçu qu’en fait on s’était habitués. On s’est un peu blindés. Ce qui est assez particulier dans le Nord, c’est le problème de location de salles. Dès que notre mouvement veut organiser une réunion dans un hôtel ou ailleurs, systématiquement les salles sont refusées. Souvent, dès qu’on envoie les invitations, le pauvre propriétaire de la salle reçoit des coups de téléphone. Je ne sais pas exactement ce qu’on leur dit, mais, en général, ça les terrorise. En tout cas, même si le contrat est signé, et bien signé, c’est impossible d’y faire la réunion. J’ai organisé une réunion à Paris qui devait accueillir 1.000 personnes, venues d’Europe, et qui a été annulée au dernier moment. Un de mes amis m’a dit ‘je ne sais pas comment tu tiens.” Chaque fois qu’il y a une réunion, j’ai pratiquement une crise cardiaque jusqu’à ce que la réunion se passe et se termine.
Le 20 novembre, on voulait organiser une petite réunion sur le thème du couple intitulé “S’aimer pour toujours”. Donc, on envoie quelques invitations, et aussitôt paraît un communiqué de presse de l’ADFJ Nord Pas-de-Calais : Attention danger, Samedi 20 novembre doit se tenir un exposé débat intitulé “S’aimer pour toujours” organisé par la “Fédération des Familles pour la paix”. L’ADFI Nord Pas-de-Calais vous informe que derrière ce titre et le thème — a priori honorable de cette conférence — cette Fédération est en fait une émanation chargée de prosélytisme pour le compte de “la secte totalitaire MOON” (…donc, là le pauvre restaurateur commence à trembler), “cette secte est épinglée et répertoriée dans les rapports successifs consacrés aux sectes coercitives, dont celui de 1999, intitulé “Les sectes et l’argent”. Si le communiqué de presse ne suffit pas pour le restaurateur, c’est l’article dans Nord Eclair qui achève le travail de sape. En conséquence, le pauvre restaurateur a craqué. On y faisait des conférences depuis un an environ, une fois par mois, sans aucun problème… Il nous a adressé le fax suivant : “Urgent, suite aux différentes conversations avec plusieurs personnes, dont la presse, je suis dans l’obligation d’annuler le séminaire de demain.” Le plus dur a été en 1992 lorsque Mme Moon est venue dans le Nord. J’avais loué une salle à cette occasion et en rentrant chez moi après la signature du contrat j’entendais à la radio que le contrat était cassé. Les gens étaient absolument terrorisés. Nous avons deux fois été victimes d’attentat à la bombe. Une fois en 1976, une jeune fille a perdu sa main dans l’attentat et une deuxième fois en 1996, juste au moment où le rapport parlementaire a été publié. Plusieurs articles étaient parus dans la presse, dont celui du Point qui était intitulé : “Sectes la chasse est ouverte”. Quelques jours après, on a eu une bombe dans notre siège social, dans le XIVe arrondissement. Il était quatre heures du matin. Heureusement, personne n’a été blessé. Des témoins ont vu une voiture qui s’est arrêtée, deux ou quatre personnes qui ont déposé une valise. L’enquête s’est arrêtée là.
Autre cas. A l’époque, j’étais à Roubaix. Deux journalistes d’Antenne 2 prennent rendez-vous pour un thème tout à fait différent. J’ouvre la porte et à ce moment-là je vois un petit journaliste, Mme O de l’ADFI Lille et un grand journaliste derrière, en train de filmer. Je demande : “Qu’est-ce qui se passe ?“ Elle s’est mise à hurler “Vous avez toujours des choses à cacher.” Je lui demande de sortir. Pendant ce temps-là, bien sûr, le journaliste filmait. Quelques jours plus tard tout cela figurait dans un reportage à la télévision intitulé “La mamie contre les gourous”. On me voyait mettre dehors Mme Ovigneur et les gens ne pouvaient pas savoir comment ils s’y étaient pris. J’avais beaucoup de cas de personnes qui, au niveau de leur travail, ont dû souffrir. Surtout depuis la parution du rapport parlementaire, parce que, maintenant tout le monde dit “Vous êtes cités dans le rapport parlementaire. “
7. Dans Le dossier, il est dit que je fais partie d’une “secte” et que je ne consacrais pas de temps à ma famiLLe. Tout ce La, parce que je prenais six heures par mois pour Les activités associatives et raide aux défavorisés.
Frédéric “Je suis père de cinq enfants. Je fais partie de deux mouvements spirituels dont l’organisation du sage indien Sai Baba depuis 1998. En 1988 j’ai vécu une expérience hors corps que je n’avais pas provoquée et, à partir de ce moment, j’ai commencé à travailler en silence, sans rien dire, au sein de ma famille. Je lisais, je prenais des notes, je travaillais sur la prière. Cela allait durer sept ou huit ans jusqu’en 1995 où je suis entré en contact avec les enseignements de l’Amorc. Trois années plus tard, je prenais contact avec l’organisation de Sai Baba. Dans cette organisation il y a trois activités le service d’abord, par exemple on donne à manger aux SDF le samedi midi au parvis Saint-Maurice. Ensuite, les chants sacrés, une heure par semaine, puis tous les quinze jours un cercle d’étude d’une heure. Donc cela me prenait 6 heures par mois. Mon ex-épouse est venue une fois à un cercle d’étude pour discuter de spiritualité. J’avais trois enfants à ce moment-là. Et puis en juin 1998, j’ai projeté d’aller en Inde au mois de juillet. A ce moment-là, ma femme a commencé à envisager le divorce. Je sais qu’elle a contacté l’ADFI parce que je suis tombé sur des papiers d’inscription pour une somme de 250F. L’ADFI considère le groupe de Sai Baba comme une “secte dangereuse” qui enrôle les enfants. Je suis parti en Inde et, quand je suis revenu, j’ai été convoqué pour une conciliation. Dans le dossier, il était dit que je faisais partie d’une “secte” et que je ne consacrais pas de temps à ma famille. Tout cela parce que je prenais alors six heures par mois pour les activités associatives et l’aide aux défavorisés. Moi personnellement, je vivais une dimension spirituelle mais je n’avais pas l’impression d’avoir gêné quiconque. Ma méditation ne pouvait nuire à quiconque. Il n’y avait aucun signe extérieur de mon appartenance à un groupe spirituel. Ce qui n’a pas empêché ma femme de demander le divorce, la garde des enfants, l’autorité parentale, l’aide judiciaire… la totale. Le magistrat m’a dit “Qu’avez-vous à vous reprocher?” Je lui ai répondu “Moi, je n’ai rien fait. J’appartiens à un mouvement spirituel. Je me développe, j’essaie de comprendre les choses de la vie. “. Il m’a demandé si je voulais divorcer et je lui ai répondu que non. Mais comme ma femme veut divorcer, on continue la procédure.”
8. “Comme vous Le savez, l’existence de La commission d’enquête parlementaire sur Les sectes ayant cessé du fait même de La publication de son rapport, il n’entre désormais dans La compétence d’aucune autorité parlementaire d’apporter au contenu de ce rapport quelque modification que ce soit:’ (Alain Gest) Oriane : “Quelques personnes ont monté les associations “Energie et Création” pour faire des stages de formation personnelle. On a été mis sur la liste des “sectes”. Il y a eu la longue errance pour essayer d’en sortir mais cela a toujours échoué. Je suppose que pas mal de gens connaissent ça. Je vais quand même citer cette phrase, dont je ne me lasse pas, d’Alain Gest en réponse à un courrier pour essayer de sortir de la liste, du moins demander quoi faire. Voici cette phrase “Comme vous le savez I’ existence de la commission d’en quête parlementaire sur les sectes ayant cessé du fait même de la publication de son rapport, il n’entre désormais dans la compétence d’aucune autorité parlementaire d’apporter au contenu de ce rapport quelque modification que ce soit.” Ça avait le mérite d’être clair. On a connu l’errance des interdictions des salles, toutes ces brimades que beaucoup d’autres ont connues. Je suis de la Nièvre et la particularité est que tout le monde se connaît et personne n’ose venir nous parler. Personne n’est même venu nous demander ce qui nous arrivait simplement. Vraiment, c’était le silence. Même des gens qui nous connaissaient très bien jusque-là. Ça a été encore pire avec le deuxième rapport sur “L’argent et les sectes”. Dans ce rapport il est question de l’immatriculation à la formation professionnelle de ces stages, et le rapport dit : “Grâce à cette immatriculation elle exerce ses activités & formatrice.” Le rapport insinue que la formation existe à cause du numéro d’immatriculation professionnelle, ce qui est totalement faux. On est apparu régulièrement dans le journal. Entre-temps ma clientèle personnelle - je suis énergéticienne, magnétiseuse - a diminué de moitié d’un coup, et l’association a perdu quasiment tous ses membres. On a essayé de survivre, mais nous n’avons plus d’activité depuis deux ans, ce qui n’empêche pas qu’on continue de défrayer la chronique. J’ai eu la mauvaise idée de participer à la marche des femmes, et j’ai monté un collectif On était six et on a organisé une conférence. Dans le Journal du Centre, on avait fait passer une toute petite annonce. J’avais donné mon téléphone et le journal a carrément publié une mise en garde de l’ADFI, au même endroit que notre communiqué “L’Association de de’fense des familles et individus (ADFI) précise à propos de la journée des femmes en Beauvais à Saint- Sauge, mercredi 8 mars, que les 2 numéros de téléphone figurant dans le communiqué du Journal du Centre, renvoient à la secte ‘Énergie et Créativité” à Saint-Sauge et à Nevers.”
Depuis, c’est mon mari qui a été mis sur la sellette, il est régisseur de spectacles et il travaille sur un projet médiatisé dans les journaux nationaux, qui s’appelle “32 + 32”, un projet de la Nièvre. Les représentants d’un groupe “anti-sectes” sur Nevers ont écrit à des membres du Conseil général pour dénoncer la participation de mon mari à ce projet. Mon mari a porté plainte. La plainte a été classée sans suite, ça ne nous a pas vraiment surpris. Nous sommes quand même contents parce qu’il y est écrit “Préjudice ou trouble peu important causé par l’infraction”, c’est donc qu’il y a quand même un petit préjudice.”
9. Cette personne m’a expliqué qu’il a fallu qu’elle soit soignée deux mois dans un hôpital psychiatrique pour qu’elle retrouve un semblant d’équilibre. A ma connaissance, cette personne a été tellement traumatisée qu’elle n’a pas pu avoir d’enfant. Bénédicte: “Des techniques de déprogrammation ont été utilisées contre des membres de notre église au moins à trois reprises. La fondatrice de l’ADFI, Mme Champolion avait déclaré à propos de cette méthode : “Il n’est pas question de copier ce qui se fait aux États-unis, mais nous pouvons nous inspirer du courage, de la solidarité et de l’esprit pratique manifesté par les familles”. Certaines personnes, qui n’avaient rien à faire avec la religion, sont venues d’autres pays pour kidnapper certains de nos membres : des jeunes filles ou des jeunes hommes, majeurs et vaccinés. L’une d’entre elles avait 26 ans. Les parents devaient donner une forte somme d’argent. Je connais bien le cas d’une personne que j’avais rencontrée en Corée. Cette personne mariée a été kidnappée et amenée dans une maison dans le Jura. Tout cela avec l’accord des parents mais je ne pense pas qu’ils savaient ce qui se passait. La police a finalement trouvé cette maison mais elle a mis du temps pour cela. Dans notre idéologie, on respecte la pureté du mariage et de la sexualité. Ils ont mis une de nos membres mariés dans une maison où les toilettes n’avaient pas de porte. Des personnes avec de gros tatouages la réveillaient au milieu de la nuit. Ils faisaient des simulacres de viols. On lui montrait des films pornographiques en mêlant la Bible à cela. Ils prenaient la Bible et l’injuriaient en disant “Le révérend Moon te prostitue.”
Cette personne m’a expliqué qu’il a fallu qu’elle soit soignée deux mois dans un hôpital psychiatrique pour retrouver un semblant d’équilibre. A ma connaissance, cette personne a été tellement traumatisée qu’elle n’a pas pu avoir d’enfants. Nous sommes trois filles de la même famille à être entrées dans l’Église de l’Unification. Au début, ma mère n’avait aucun problème avec cela. Mais elle a pris peur par la suite à cause de tout ce climat médiatique. J’ai le regret de n’avoir pas eu de relation profonde avec ma mère qui a coupé les ponts en entendant toutes ces choses négatives. Chaque fois que j’ai voulu revenir à la maison, c’était des insultes sur ma foi. Et c’est seulement lorsque mes soeurs sont devenues mamans et que ma mère a découvert qu’elle avait un cancer de l’intestin qu’elle a commencé à lire des livres de spiritualité et qu’elle s’est ouverte. Malheureusement son cancer était trop avancé. Tout cette désinformation médiatique m’a volé ma relation avec ma mère. Moi j’ai encore des enfants qui sont à l’école élémentaire mais je vais témoigner pour deux mamans qui n’ont pas pu venir. Depuis l’année dernière en septembre, il existe un programme scolaire, créé par l’Education nationale pour discréditer les “sectes”. On a demandé à la fille d’une de ces deux mamans de créer un dossier contre sa propre religion. Ils ne savaient pas qu’elle avait cette religion, mais vous imaginez ce qu’elle a ressentie ! Et pareil pour un autre adolescent de 16 ans. Dans sa classe ils ont écrit un dossier contre Moon. Si vous connaissez la psychologie de la pré-adolescence et de l’adolescence, c’est un moment dans la vie où on est très impressionné par ce que les autres pensent, on a un besoin d’appartenance. Or, si tout le monde est en train de parler de “secte”, imaginez ce que l’enfant ressent ? C’est une inquisition dans l’éducation même des enfants, c’est dans le sens propre, un viol dans l’âme de l’enfant.”
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