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La nouvelle chasse aux sorcières

la nouvelle chasse aux sorcières
Par Pierre Barrucand

Les phénomènes de persécution des minorités religieuses sont connus de tous temps, par exemple avec l’affaire des Bacchanales à Rome en 187 avant JC ou même, à lire Aristophane, le procès de Socrate accusé d’avoir voulu introduire une nouvelle religion. Ces persécutions furent particulièrement intenses avec les religions monothéistes qui toutefois tolérèrent la pratique de quelques cultes anciens auxquels elles se sentaient apparentées.
Au 19ème siècle la révolution française amena l’abandon des persécutions contre les protestants et l’intégration des juifs à la Nation même si les prêtres réfractaires furent traités avec une extrême brutalité. Avec la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 en France toute discrimination semblait devenue impossible et pourtant il y a quelques décennies apparurent en France et dans divers pays occidentaux des campagnes dirigées “contre les sectes”.

Le mot “secte” a une double origine groupe minoritaire s’étant séparé (en latin secare) ou groupe ayant suivi (en latin sequi) un leader. En ce sens le Christianisme est une “secte” juive et l’histoire du Protestantisme est une suite ininterrompue de dissidences diverses. Par généralisation, on désigne parfois comme “secte” des mouvements religieux très minoritaires, ainsi les juifs furent qualifiés de “secte” judaïque et on parle aujourd’hui de “secte” néo-païennes.
Ainsi donc combattre les “sectes” apparaît compréhensible pour un pays se réclamant d’une religion d’Etat et n’acceptant pas ou peu le principe de la liberté de conscience. Mais lutter contre les sectes n’a aucun sens dans un pays laïc tel que la France. Le mot sectaire a un sens un peu différent, désignant une tournure d’esprit dogmatique et intolérante. Curieusement la plupart des membres des organisations qualifiées de “secte” en France semblent plutôt moins sectaires que la moyenne.

Même si des campagnes “anti-sectes” sont apparues dans beaucoup de pays, les Etats-Unis en premier, elles n’ont pas reçu de soutien officiel et elles ont actuellement tendance à régresser. Malheureusement tel n’est pas le cas en France, même si ce pays se qualifie abusivement de pays des droits de l’homme. Parmi les pays européens, la France apparaît comme un de ceux qui les respectent le moins et ce dans tous les domaines et il n’est pas étonnant qu’elle soit régulièrement condamnée, pour des motifs variés, par la Justice européenne. Néanmoins il est surprenant qu’un gouvernement y ait créé une “mission interministérielle de lutte contre les sectes”. Pourquoi pas des missions interministérielles de lutte contre le judaïsme ? Le protestantisme, voire le catholicisme ? Pourquoi pas contre le socialisme ? Le radicalisme ? La franc- maçonnerie ? Il est vrai qu’une campagne anti-maçonnique feutrée tend actuellement à se renforcer lentement mais sûrement.

Il est encore plus surprenant que le gouvernement qui créa cette étrange “mission” soit à direction socialiste, ce parti ayant eu jusqu’à présent une attitude plutôt libérale en matière de croyances ou de moeurs et s’étant ainsi attiré pas mal de sympathie chez les juifs et les protestants. Pourquoi donc a-t-il mis la puissance officielle au service d’organisations privées ? Et pourquoi donc l’opposition n’a-t-elle pas combattu vigoureusement ces initiatives fâcheuses ?

En réalité les organisations qualifiées de “sectes” par les mouvements “anti-sectes” forment un ensemble disparate regroupant des gens n’ayant aucun rapport dans leurs croyances, certaines ne pouvant en rien être considérées comme de nature religieuse, tel Ecovie, association écologiste extrémiste qui semble avoir disparu. Elles ont cependant deux points communs d’une part, elles se sont attirées la haine de certains groupes de pression pour des raisons difficilement compréhensibles, d’autre part elles recrutent essentiellement dans les classes moyennes plus ou moins influencées par le christianisme ou l’indifférentisme.

Mais qu’ont donc fait les sectes pour s’attirer tant de haine ? Certes, une tragédie comme celle de “l’Ordre du Temple solaire” semble justifier la prudence mais justement il s’agit d’un cas tout à fait isolé et qui ne semble guère avoir retenu l’attention des “pourfendeurs de sectes”. Si on constituait un ensemble artificiel formé par l’OTS et des associations sans rapport aucun partis politiques, clubs sportifs, etc. serait-on en droit de supposer ces derniers comme dangereux et suicidaires et ce contrairement à toutes les apparences ? Certes, certains mouvements religieux peuvent être extrêmement dangereux ; nous pensons par exemple à la mouvance islamiste des amis et admirateurs de Ben Laden. Mais justement les associations qui en sont plus ou moins proches ne semblent jamais avoir attiré l’attention des organisations anti-sectes. Il y a la prudence et la témérité, mais quand même Il est de bon ton d’insister sur le fait qu’il ne faut pas confondre Islam et islamisme radical et on ne peut qu’être d’accord. Mais tout de même l’islamisme radical est une branche dévoyée et pervertie de l’arbre qu’est l’Islam alors que les sectes ne sont pas les branches d’un arbre mais plutôt un ensemble de plantes indépendantes.

Deux commissions parlementaires d’enquête ont consacré leurs travaux à ce prétendu phénomène “sectaire” comme s’il n’y avait pas eu pour nos parlementaires de sujets plus importants. Pourquoi diable deux marteaux-pilons pour écraser quelques insectes fort distincts ? Contentons-nous d’examiner le résultat des travaux de la première. Cette commission a siégé sans motif aucun à huis clos alors que son sujet d’étude n’avait rien à voir avec la défense nationale ou même avec des enquêtes judiciaires délicates. Elle n’a pas écouté les seules personnes qui auraient été susceptibles de l’éclairer, à savoir les sociologues et les historiens des religions qui en réalité ne font partie d’aucune secte mais sont objectifs et sans passion. Si l’on en croit les extrémistes “anti-sectes”, ils sont complices des “sectes”. Complices de quels crimes ? Celui d’exister purement et simplement.
La commission a établi une liste de près de 200 sectes à partir d’un rapport fourni par les “renseignements généraux”, cette police qui n’a aucune vocation, contrairement aux scientifiques dont nous venons de parler, de s’occuper de mouvements supposés religieux dont certains semblent ne pas exister ou être réduits à quelques personnes. En revanche aucune allusion n’est faite aux organisations islamistes radicales. Il paraît certain que les RG, incompétents par nature, ont travaillé sur des informations extérieures. Mais fournies par qui ? La commission a également travaillé en écoutant les principales organisations “anti-sectes”, quelques rares représentants d’organisations dites “sectaires” et quelques repentis, anciens membres de “sectes” qui avaient des comptes personnels à régler. Par contre il ne semble pas qu’elle ait entendu d’anciens adhérents qui ont gardé de leur passage un bon souvenir même si leur croyance a évolué.
En résumé, le travail de cette commission a été bâclé et n’importe quel enquêteur scientifique le rejetterait comme dénué de toute valeur de ce point de vue. Le secret abusif dont son élaboration a été entourée a permis de cacher sa médiocrité extrême et à certains de le signaler, de s’y référer, sans provoquer immédiatement des objections.

Il est certain que la grande majorité de la classe politique s’est laissée intoxiquer par un lobby extrêmement actif et dont les motivations sont obscures. Elle a ainsi consacré du temps et de l’argent (celui des contribuables bien sûr) à des choses qui dans le pire des cas méritaient tout juste d’être signalées. Après tout, que pèsent les victimes, trop réelles, de “l’Ordre du Temple solaire” par rapport à celles de la violence routière par exemple ? Et pourquoi accepter un amalgame totalement injustifiable et inspiré des pires méthodes staliniennes ? Cette échappatoire a permis à des hommes politiques d’éviter de se pencher sur des problèmes très réels dont ils n’avaient pas ou ne voulaient pas avoir la solution.
Mais il y a une autre très lourde responsabilité, celle de la majorité de la presse et surtout de certains de ses dirigeants. Trop souvent dans les périodes creuses, on recherche un sujet à sensation. Cela n’a rien que de très normal mais à tout le moins cela exige que soit faite une enquête sérieuse et objective. Cela a été parfois fait, mais trop rarement. Généralement les journalistes, tout comme certains policiers ou politiciens, se contentent de demander des informations aux seules organisations anti-sectes.

Comment cette situation absurde finira-t-elle ? La France n’est pas isolée dans le monde, déjà aux Etats-Unis certaines inquiétudes se sont manifestées. D’autre part un pays membre de l’Union européenne, la Suède, vient d’accorder à l’Eglise de Scientologie le statut de religion au même titre que l’Eglise Luthérienne. Ainsi donc, la France risque de se trouver dans une situation intenable dans quelque temps. A ce moment-là, on n’entendra plus parler de secte et l’attention de tous se portera sur d’autres fantasmes.

Pierre Barrucand
Médaillé de la résistance
Maître de recherches honoraire au CNRS

Il souffle en France un vent d’intolérance

Courant d’intolérance traverse la France qui nous rappelle les plus sombres périodes de notre histoire. Le spectre de Vichy nous guette…
Cette intolérance étatisée que nous vivons aujourd’hui dans notre pays dit ‘des droits de l’homme’, marque le début de la réelle privation de la liberté, celle de la pensée… qui, si nous perdons notre vigilance, ouvrira la porte au totalitarisme.

Nombre de personnes se sont engagées dans les années 70 au sein d’associations, groupements et organismes de presse pour faire de la lutte contre les sectes leur cheval de bataille. Nous sommes forcés de constater aujourd’hui que ce dit cheval recouvre une idéologie fanatique, source d’une véritable démarche inquisitrice. C’est en oubliant que tout être humain est limité en conscience, que ces groupes de pression portés par l’assurance d’être dans le vrai et de combattre pour la Vérité, ont forgé une véritable machine de propagande digne des pires Etats totalitaires.

QU’OBSERVONS-NOUS EN EFFET ?

Ces acteurs ou associations que certains dénomment “secticides” sont à l’origine, comme cette étude le démontre, de véritables réseaux d’écoute et de renseignements ayant pour seul et unique but de jeter le discrédit par l’emploi de la délation et de la rumeur sur tout groupe et individu qui s’écarte par trop de la norme de notre société de consommation, et qui remet de près ou de loin en cause le système économique ou la pensée unique. Ces acteurs de la normalisation s’ingénient à montrer d’un doigt accusateur tout groupe nous incitant à nous prendre en mains, à accroître notre autonomie, à agir librement et en toute conscience nous conduisant par là même hors du cadre communément accepté.

A plusieurs reprises, dans les années 80/90 j’avais tenté comme d’autres chercheurs de suggérer à l’“ADFI” (association pour la défense des familles et de l’individu) et leurs congénères d’entamer un combat plus objectif en se donnant les moyens de distinguer les mouvements dangereux et répréhensibles par le code pénal de ceux résolument humanitaires et philosophiques dans leur démarche et attachés à la dignité humaine afin de les proposer comme alternatives aux chercheurs de vérité. Je n’avais malheureusement pas compris à cette époque à qui j’avais affaire et les enjeux occultes de ces groupes de pression. Je croyais naïvement être en face de bonnes volontés égarées. J’ai fini par constater qu’ils agissaient sur la base d’objectifs destructeurs dans le seul but de dénigrer tout ce qui s’oppose à la confortable morale établie.

Ainsi, un groupe en viendrait-il à remettre en cause les vaccinations ou à soutenir les courants de la médecine alternative, pratiquerait-il la sophrologie, l’ostéopathie, voire l’homéopathie qualifiée par un des “experts” secticides de “gris-gris magique”, ou encore utiliserait-il l’astrologie et enseignerait-il les théories de la réincarnation.., qu’il deviendrait automatiquement suspect et fiché comme dangereux.
MAIS, DANGEREUX POUR QUI ?

Je suis l’une de ces nombreuses “victimes” de l’ignorance au pouvoir. Victime de la rumeur, source de condamnations simplistes, sans écoute, sans enquête, sans qu’aucun acte délictueux ne soit relevé. Victime de ces forces obscurantistes, véhiculant le vent de la peur et du doute dans leur sillage. Très vite, le Cercle infernal s’est refermé sur moi, sur nous, ma famille, mes enfants, mes activités associatives, ma vie professionnelle…
Et j’ai fini par connaître l’identité de ce Cercle le RDDP Rumeur
— Désinformation — Diabolisation — Pénalisation…

Voilà comment, en toute connaissance de cause, ces groupes de pression, dont l’”UNADFI” (union nationale des associations de défense des familles et de l’individu) est le fer de lance, peuvent conduire des enfants à être séparés de leurs parents, des citoyens honorables au suicide, des familles dans la détresse au meurtre, aux attentats, aux enlèvements. Comment ils diffusent un climat de haine, d’agression, de peur.******Aujourd’hui, avec des centaines d’autres victimes de cette intolérance, j’ai décidé de témoigner, de crier ma honte de cette société française qui ose encore se montrer hypocritement garante de la liberté et de la fraternité en allant se pavaner en Chine pour montrer l’exemple de l’intolérance. Cette société qui, sous l’emprise du lobby anti-secte, reconnaît d’utilité publique des associations dont la seule vocation est de jeter le discrédit sur “ceux qui ne pensent pas selon la norme”.
Aujourd’hui, le fait d’avoir été responsable d’une association philosophique listée dans le Rapport parlementaire de 1996 m’interdit depuis plusieurs années tout contact avec mes enfants, toute progression professionnelle. Cette liste a jeté l’opprobre sur ma vie et sur ceux qui m’entourent, et c’est avec force et avec l’aide de l’Omnium des Libertés, que j’ai rejoint dès 1996, que je la combattrai.

De telles constatations ne doivent cependant pas nous entraîner au pessimisme qui fetait le jeu de ceux qui consciemment ou non luttent contre la liberté de pensée en nous entraînant sur le chemin de l’inertie.

Au contraire, nous sommes face à un véritable défi qui nous oblige à lutter chacun à notre manière en informant, en manifestant constamment notre désapprobation contre cette “intolérance reconnue d’utilité publique”. Nous taire serait faire le jeu de l’ignorance au pouvoir…
Nous appelons donc tous les citoyens français, conscients de cet esprit d’inquisition à “entrer en résistance”. Sachant que pour garder notre autonomie il nous faudra résister pour exister. Résister c’est placer l’adversaire devant ses contradictions et nous savons que la résistance créative et pacifique est bien acceptée par une société si elle lui permet de gagner en tolérance.

Mais avant tout il nous faut faire respecter nos libertés de base — thérapeutiques, de pensée, associatives… — et affirmer nos valeurs. Nous devons pouvoir faire rayonner nos découvertes en vue de faire progresser la société. Il nous faut transformer la peur et ses conséquences en attention bienveillante.
Nous devons pour cela faire preuve d’autorité pour sensibiliser, inspirer et responsabiliser.

Nous devons mettre en synergie des réseaux, Omnium des Libertés, Coordination des associations et particuliers pour la liberté de conscience (CAP), … et autres initiatives individuelles ou structurelles existantes en évitant de tomber dans la critique des autres actions, philosophies et méthodes.
En définitives ces initiatives forment notre seul vrai moyen de recours, un centre de ressources et de soutien qui souhaite faire émerger la vérité par le dialogue et l’esprit de fraternité. La chasse aux sorcières prospère sur l’indifférence et la passivité. Nous sommes aujourd’hui en phase d’inverser la courbe, la prise de conscience de l’importance de l’intolérance s’accentue, les tenants de l’obscurantisme passent de la dynamique de l’attaque à celle de la défense alors que les chercheurs de vérité se lèvent non plus pour se justifier et expliquer mais combattre la normalisation sans âme, la corruption et l’affairisme.

Mais cette courbe n’est qu’amorcée, et nous devons l’accentuer en continuant à informer les citoyens sur les agissements des anti- sectes et en les condamnant en justice chaque fois qu’ils violent la loi. Il faut dénoncer les bavures de ces groupes de pression qui peuvent détruire des vies et conduire au suicide par la rumeur. Nous devons sans cesse montrer notre désapprobation et notre détermination à refuser leurs agissements, leur intolérance, même s’ils s’en défendent. Aujourd’hui, les faits sont là
Avons-nous le droit d’attendre passivement que l’on nous condamne à suivre la pensée unique ?
Oui, aujourd’hui, l’heure est grave ! Notre liberté est en sursis…

Thierry Becourt,
président de l’Institut de “Psychanimie”
Psychanimie psychologie inspirée des écrits théosophiques.

Amalgame, propagande et rumeur

Vous souhaitez vous débarrasser d’un collègue ou d’un concurent, laissez entendre qu’il appartient à une secte, de préférence apocalyptique…” (J. La Lande)

Les groupes de pression constitués pour lutter contre certains mouvements spirituels ou religieux n’hésitent pas à utiliser tout ce qu’ils dénoncent chez autrui : propagation de rumeurs, délation, listes noires, police secrète (puisque l’ADFI se targue officiellement de collaborer avec les renseignements généraux), amalgames, dérision des croyances, etc.

Ces groupes de pression sont de véritables fabriques de rumeurs. Comment peut-il en être autrement puisqu’ils refusent tout contact avec les personnes ou les groupes qu’ils mettent en cause ? Ils collectent les témoignages très souvent déformés sous le coup de l’émotion de parents apeurés, ou leurs simples interrogations, ou les témoignages d’une poignée d’anciens adeptes qui le plus souvent cherchent à régler des comptes avec le groupe qu’ils viennent de quitter, pas toujours, d’ailleurs, pour des raisons avouables. Ils collectent les articles qu’une presse plus intéressée par la controverse que par la recherche de la vérité publie sur les groupes qu’elles ont dans le collimateur, sans admettre le biais qu’ils introduisent en alimentant les journalistes. Ainsi, une rumeur colportée par ces groupes de pression deviendra une vérité pour ces associations à partir du moment où un journaliste l’aura publiée après avoir été en contact avec l’une de ces associations.

La littérature même produite par ces associations est une véritable invitation à la délation sur la base de rumeurs. Dans une brochure intitulée “Les sectes”, les ADFI diffusent, par exemple, une liste de symptômes “d’appartenance sectaire” (Parmi ceux-ci figurent “la modification du comportement, de la tenue vestimentaire, du vocabulaire, des centres d’intérêt, la multiplication des réunions en semaine, le week-end, les déplacements en France ou à l’étranger, les nombreux appels téléphoniques, le courrier abondant (.,,) “. Bref, toute personne s’enflammant pour une cause nouvelle à laquelle elle décidera de consacrer du temps et de l’argent pourra, sur la base de cette liste, être suspectée. Quand on connaît la vigueur du tissu associatif et du bénévolat en France, on voit les risques de dérapage qu’un tel texte peut créer.

Par ailleurs, les ADFI reconnaissent travailler en étroite collaboration avec les renseignements généraux qu’elles jugent “essentiels dans leur action”. Quand on sait que cette police auxiliaire gère des fichiers nominatifs dans lesquels sont indiquées les convictions politiques, philosophiques et religieuses des intéressés et que, parmi leurs méthodes d’information, figure la constitution de notes anonymes, les fameux “blancs”, on ne peut que craindre le pire sur cette “étroite collaboration” au regard des libertés fondamentales et notamment du respect de la vie privée. Une anecdote illustrera cette connivence. Un chef d’entreprise dont le principal collaborateur avait été mis en cause par l’ADFI alla voir cette association, dans le but de protéger son entreprise contre la propagation de fausses allégations déstabilisantes pour cette dernière. La présidente de I’UNADFI le reçut dans son bureau en compagnie d’un prêtre catholique, le père Trouslard. Quel ne fut pas son étonnement lorsque ce dernier lui présenta les photographies de plusieurs manifestations auxquelles avait participé son collaborateur ! D’où avaient pu provenir ces photographies sinon des RG qui sont systématiquement informés lors du dépôt des déclarations de manifestation ?

DÉRISION DES CROYANCES

Les groupes de pression tels que l’ADFI et le CCMM prétendent toujours refuser de juger les croyances pour ne dénoncer que les faits. Pourtant, leurs écrits regorgent de jugements péremptoires sur les croyances des groupes qu’ils attaquent. Voici quelques extraits du bulletin de liaison des ADFI

“. . . modèles éthiques et intellectuels douteux proposés par ces mouvements.”” “. . . indigence d’un message merveilleux et peu élaboré dissimulé derrière une phraséologie pompeuse faite de concepts à la mode. Absence de rigueur et flou de la pensée, simplisme des conclusions.”

“C’est de la science—fiction. Le songe d’un fou. Ces gens se croient sur une autre planète.”’

“Une doctrine qui cache son insignifiance sous un flot de néologismes aussi creux que prétentieux.”’

“…à partir d’un mélange confus de science-fiction et de pratiques psychanalytiques, le tout enrichi d’occultisme et d’un fatras d’alliances secrètes.” “Ces élucubrations religieuses et médicales…”

Un délire insurpassable.. .“‘

De tels jugements n’empêchèrent pas la présidente de l’UNADFI de déclarer en 1994 “I’UNADFI s’est toujours interdit, dans son action, de juger des idéologies, philosophies, doctrines. .

Même rengaine du côté d’Alain Vivien, ancien président du CCMM. Dans un même article, il annonce “nous nous interdisons absolument de porter un jugement sur les convictions, réelles ou supposées” mais écrit plus loin à propos du fondateur d’un mouvement religieux qu’il déteste “vous pouvez l’interroger tant sur la culture du petit pois que sur les OVNI, l’éducation, la défense, etc. Il est omniscient pour être omnipotent. Sous un verbiage scientifique, le “maître” diffuse une pensée propre à duper des individus faibles ou en recherche.”

Dans le chapitre suivant, nous verrons que ces groupes de pression sont en fait imprégnés d’une idéologie matérialiste antireligieuse qui assimile les croyances et pratiques religieuses à des pathologies.

Le danger d’un glissement du combat mené par ces groupes de pression vers une attaque des religions a été perçu par plusieurs personnalités religieuses lors des débats ayant conduit au vote de la loi About-Picard. Ainsi le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, déclarait, en juin 2000 : “En réalité, derrière la lutte contre les sectes, c’est l’ensemble des courants religieux qui doit se sentir menacé.”

DÉLATION

Nous sommes en démocratie et les libertés fondamentales sont, en principe, protégées, mais les activistes des groupes de pression “anti-sectes” sont toujours prompts pour faire pression sur les libraires afin de faire retirer de la vente des livres qui “sentent le soufre”, faire pression sur des propriétaires de salles pour empêcher la tenue d’une conférence ou d’une exposition, dénoncer l’appartenance d’une personne à un mouvement “sectaire”, etc.

Ainsi, en janvier 1992, apprenant qu’un mouvement religieux qu’elle avait dans le collimateur organisait une conférence dans un hôtel de Nantes, l’ADN envoyait une lettre au directeur de l’hôtel avec ces propos: “Peut-être ignorez-vous que vous avez affaire à une association qui pourrait nuire à votre image de marque. (…) Nous nous sommes fait un devoir de vous donner cette information pour que vous puissiez prendre les décisions les meilleures concernant votre commerce”

Ce qui n’empêchait pas un représentant local de l’ADFI, un mois plus tard, de déclarer en réponse à la question “les sectes trouvent pourtant des lieux d’accueil pour leurs conférences ?“ : “On est en démocratie. Tout le monde a heureusement le droit de louer une salle pour y mener des activités. ‘

Récemment, un journal niçois mentionnait ainsi l’intervention de l’ADN : “L’ADFI a contacté le syndicat des hôteliers qui, en possession des deux rapports parlementaires sur les sectes en France, a alerté ses adhérents. Depuis, l’Aston et le Radisson ont refusé de louer leurs salles à des mouvements répertoriés comme sectaires.”Cette utilisation des rapports parlementaires à des fins discriminatoires est d’ailleurs parfaitement illégale.

INCITATION INDIRECTE À LA VIOLENCE

Le plus grave dans cette entreprise de délation fut la circulation de listes noires répertoriant des personnes, des chercheurs dits “favorables aux sectes”, des entreprises privées ou des associations présentées comme “filiales de sectes” simplement parce qu’un de leurs dirigeants appartenaient à un mouvement jugé hors normes. En 1991, le CCMM alla même jusqu’à publier dans une brochure intitulée “les sectes” une liste “d’entreprises privées utilisant marques déposées et techniques de Dianétique et Scientologie et/ou ayant pour chefi des scientologues confirmés” !

Au lendemain d’un attentat à la bombe contre les locaux de l’Eglise de l’unification, Le Figaro, au lieu de dénoncer cet acte odieux en termes virulents, donnait en pâture aux lecteurs dans un article intitulé “L’inquiétante prolifération des sectes” une liste d’entreprises, d’écoles, de cabinets privés dont le seul tort était d’avoir parmi leurs dirigeants des membres de nouveaux mouvements spirituels ou religieux.

Ce genre de délation peut entraîner des actes malveillants dramatiques. Depuis l’apparition de ces campagnes il y eut pas moins de huit attentats à la bombe contre des mouvements désignés à la vindicte publique par des organisations telles que l’ADFI ou le CCMM. Le dernier en date valut d’ailleurs à son auteur une condamnation étrangement clémente à deux mois de prison ferme alors que la bombe qui, heureusement, n’avait pas explosé était, selon les artificiers, faite pour tuer.

Une autre affaire est intéressante à signaler car elle montre les moyens douteux qu’un dirigeant de l’ADFI peut employer lorsqu’il se croit tout permis. En juillet 1998, un couple de scientologues recevait un fax portant l’entête de “l’Ordre des templiers” et contenant des menaces de destruction totale .

Le couple porta plainte et une enquête permit de retracer l’origine du fax il avait été envoyé par le fondateur de l’ADFI d’Angers, Yves Damon L’affaire est en cours.

MANIPULATION DE L’INFORMATION

Le principal ressort de la manipulation de l’information - et par ce biais, de l’opinion publique - est la technique bien connue de l’amalgame qui, à force de répétitions, crée dans le public une fausse représentation mentale des mouvements spirituels et religieux. Par ailleurs, la dramatisation, par les émotions qu’elle entraîne, empêche le raisonnement rationnel, ce qui aggrave encore l’amalgame.

Prenons par exemple le cas, combien douloureux, du suicide. Récemment, un enfant de onze ans s’est suicidé dans un établissement laïque de Lyon : cela n’a entraîné que quelques lignes dans la presse. Le 21juin 2001, un enfant de quatorze ans se suicidait dans un village d’enfants dirigé par une association scoute indépendante et une communauté religieuse catholique traditionaliste accusées d’être une “secte” : cela fit la une des journaux locaux et des télévisions nationales. Il est d’ailleurs troublant de constater que dans ce cas précis, le suicide de l’adolescent a eu lieu après que la famille de son père eut contacté l’ADFI.

Le suicide est la seconde cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 25 ans. Il y a en France 8000 suicides par an, soit un taux de 0,13 suicide pour 1000 habitants. Si on appliquait ce taux aux 500 000 Français accusés de faire partie de “sectes”, on devrait constater qu’il se produit chaque année dans ces mouvements au moins 65 suicides par an I On en est loin, même avec le drame du Vercors.

Les sociologues des religions qui essaient d’étudier scientifiquement les nouveaux mouvements spirituels et religieux ont des conclusions qui vont à l’opposé des affirmations péremptoires propagées par les associations qui luttent contre ces mouvements.

Une autre ficelle de la manipulation de l’information consiste à tronquer cette information. Toute nouvelle qui pourrait entraîner un mouvement de sympathie à l’égard des nouveaux mouvements spirituels et religieux: actions des bénévoles, témoignages positifs, témoignages de soutien, etc., est soigneusement passée sous silence et fait l’objet d’une censure quasi systématique. Tout journaliste tentant de faire son travail objectivement sera accusé de “servir la soupe aux sectes” ou de se livrer à du “prosélytisme”. Comme avec l’amalgame, c’est ainsi que l’on fausse les représentations mentales du public concernant ces mouvements.

Nous le verrons dans le chapitre suivant : l’ADFI et le CCMM utilisent un langage stéréotypé, empreint d’une idéologie matérialiste antireligieuse. L’utilisation de stéréotypes pour influencer les personnes allant consulter ce type d’associations a été confirmée par une enquête sociologique réalisé par le “Centre d’étude sur les nouvelles religions” (CESNUR) auprès des partants de la Nouvelle Acropole, un mouvement étiqueté comme “secte”. Le sociologue a d’abord constaté que ces partants, dans leur grande majorité, n’avaient rien à reprocher au groupe qu’ils avaient quitté et qu’ils restaient en bons termes avec lui, ce qui, bien sûr, va à l’encontre des idées reçues. Interrogés sur la description de leur vécu dans le groupe, ils employaient des termes très divers. Les quelques partants en mauvais termes avec le groupe avaient été, pour la plupart d’entre eux, en contact avec l’ADFI et dans ce dernier cas ils employaient curieusement les mêmes termes pour décrire leur vécu.

Parfois, les propos frisent carrément la paranoïa, comme ceux que tint la présidente de I’UNADFI à l’antenne en 1997, lors d’une émission consacrée à l’association “Le Patriarche”: “Mais savez-vous qui est-ce qui détient la plupart du patrimoine français, déjà au point de vue immobilier ? Ce ne sont que les sectes. Qui est capable actuellement d’acheter ces châteaux et ces manoirs ? Eh bien ce sont les adeptes qui sont des otages et qui sont les esclaves de ces gourous et qui font toute la main d’oeuvre et qui retapent ces châteaux, donc c’est la même chose.”

DESTRUCTION DES FAMILLES

A cause des techniques décrites précédemment, la personne venue se renseigner dans une des associations telles que I’ADFJ ou le CCMM repart complètement affolée et souvent incapable de raisonner. Ces associations ont beau jeu de faire mine de vouloir rassurer, tempérer et dédramatiser, alors même qu’elles viennent de faire tout le contraire ; c’est l’incendiaire qui crie “au feu !“ et qui se déguise en pompier faisant semblant d’éteindre l’incendie qu’il vient d’allumer. Un exemple illustrera ce propos. Nous avons volontairement changé les prénoms.

Robert, membre actif d’un mouvement religieux, annonce son mariage avec Véronique à ses beaux-parents. Ces derniers sont très heureux mais le beau-frère de Robert, alerté sur les convictions religieuses de Robert que ce dernier ne cache d’ailleurs pas (convictions partagées aussi par sa future épouse) décide de mener sa “propre” enquête. Robert ne se doute de rien et tout heureux à l’idée d’une belle cérémonie de mariage, il envoie ses invitations à toute sa belle famille. Quelle n’est pas sa surprise de constater qu’au dernier moment la moitié de sa belle famille se décommande et refuse d’assister à la cérémonie et au banquet ! Après enquête, il s’avère que tous les membres de sa belle famille ont reçu de la part du beau-frère une documentation estampillée du tampon de l’ADFI et du CCMM. Parmi les documents, figure notamment un article de presse mensonger mettant en cause Robert, dont le journaliste avait été condamné quelques années auparavant pour diffamation (bien sûr aucune mention de cette condamnation ne figurait dans le dossier). Ainsi, la documentation venant de ces associations contenait des informations nominatives, fausses qui plus est, qui étaient communiquées à un membre de la famille pour exacerber un conflit qui, sans cette intervention, aurait certainement pu être résolu. Peut-on encore parler de “défense de la famille” ?

On ne compte plus les cas de divorce où l’intervention d’une association “anti-secte” dans la procédure judiciaire a eu des résultats désastreux comme le refus d’accorder la garde ou même le droit de visite des enfants à l’un des deux époux lorsqu’il était accusé d’appartenance à un nouveau mouvement religieux ou spirituel. Pourtant la Cour européenne des droits de l’homme a clairement condamné ce genre de pratiques discriminatoires.

Les rumeurs colportées par des organisations telles que l’ADFI ou le CCMM peuvent détruire des réputations et parfois des vies, comme nous allons le voir.

LE CAS DE BERNARD LEMPERT

Bernard Lempert est psychothérapeute, spécialiste de la maltraitance d’enfants. Il a fondé une petite association, l’Arbre au milieu. En 1996, il constata avec stupeur que cette association faisait partie d’une liste noire de groupes religieux ou spirituels désignés à la vindicte publique dans un rapport parlementaire dit “rapport Gest-Guyard”. Parmi les personnes à l’origine de cette accusation de “secte” figurait la fondatrice d’une antenne locale de l’ADFI. Bernard Lempert avait soigné une jeune femme gravement anorexique qui était la fille de la fondatrice de l’ADFI Finistère. A la suite de ce traitement, la jeune femme avait préféré s’installer à Aix-en-Provence pour fuir une mère omniprésente. La mère était persuadée que c’était le “gourou” Lempert qui avait enlevé sa fille. Bien que le rapporteur de la commission parlementaire sur les “sectes” reconnût son erreur, et qu’un jugement du tribunal de Rennes rendu en octobre 1998 blanchît Bernard Lempert, la rumeur continua à courir et à jeter l’opprobre sur l’Arbre au milieu et sur son fondateur. Aujourd’hui encore, on continue à lui refuser sa participation à des colloques sur l’enfance maltraitée malgré la solide réputation qu’il a établie dans ce domaine auprès des assistantes sociales, des avocats et des magistrats. Le journal Libération qui révéla toute l’affaire fut l’objet d’une plainte en diffamation déposée par la présidente de 1’UNADFI le 29 juin 1998.

LE CAS D’ANDRÉ POULIN

Depuis 1996, un brillant économiste genevois, André Poulin, est accusé, sans la moindre preuve, d’être un des dirigeants de l’OTS. Bien que son principal accusateur, Robert Sévenier, ait été condamné dès 1997 pour diffamation, la rumeur continua de courir après cette date. Janine Tavernier, présidente de l’UNADFI, prit pour argent comptant cette rumeur sans fondement répandue par Robert Sévenier. Le 23 mai 1997, elle écrivit qu’André Poulin, “né à Genève, habitant Onex maintenant, a bien été membre de l’OTS”. Sur une simple dénonciation Jacques Guyard, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur le phénomène sectaire, reprit lui aussi la rumeur. Le 15 mai 1998 il mit nommément en cause cet économiste ainsi que son père, dans une lettre adressée à Lionel Jospin, laissant même entendre qu’André Poulin avait des liens avec un marchand d’armes libyen.3’ Plus tard, Janine Tavernier reconnaîtra son erreur. Mais trop tard, rien n’arrêtera la rumeur, d’autant plus que Robert Sévenier pourra utiliser maintenant les écrits de Janine Tavernier. André Poulin, qui a dû abandonner la plupart de ses mandats pour se défendre, a été victime de deux alertes cardiaques. Pour lui, le calvaire continue.

LE CAS DE LA FAMILLE

A 6 heures du matin, le 9 juin 1993, deux communautés d’un groupe chrétien appelé “La Famille”, l’une à Lyon et l’autre à Aixen-Provence, firent l’objet d’une descente inattendue et violente de policiers armés. Quatre-vingts enfants furent littéralement arrachés à leurs parents et enfermés dans des institutions pendant 51 jours dans l’isolement et la terreur. Tous les membres adultes des deux communautés furent détenus par la police en garde à vue pendant 48 heures. On les interrogea, parfois sans ménagement, on leur mentit, on les menaça de violence physique et on leur dit qu’ils ne reverraient jamais leurs enfants. Une fois les parents libérés, on les empêcha de voir leurs enfants, ou même de leur parler. On ne leur permit pas de leur envoyer des affaires personnelles, même pas une brosse à dent ou un ours en peluche.

Finalement, après une séparation forcée de sept semaines, les enfants purent retrouver leurs parents le 29 juillet. La forte indignation manifestée dans le monde entier par ces traitements brutaux incita les juges à libérer les enfants, dont un grand nombre étaient désorientés et en état de choc suite à cette épreuve.

Une plainte en justice de l’ADFI pour mauvais traitement d’enfants était à l’origine de cette descente matinale qui déchira des familles et causa des traumatismes indélébiles à de nombreux enfants innocents et à leurs parents. Outre le fait que rien, pendant la garde des enfants et des parents, ne permit de mettre en évidence le moindre mauvais traitement, l’instruction se poursuivit pendant des années. En janvier 1999, faute de preuves, le juge d’instruction décida qu’il n’y avait pas matière à poursuivre. LADFI, dans son acharnement aveugle, fit malgré tout appel de cette décision, mais cet appel fut rejeté le 24 février 2000.

A l’étranger, ce sont de semblables accusations colportées par des associations telles que le CAN qui ont été à l’origine de descentes de police similaires contre d’autres communautés de La Famille. Rien ne permit jamais de mettre en évidence le moindre mauvais traitement d’enfants dans ces communautés.

A la suite de ces opérations injustes, l’expert en religion J. Gordon Melton dira “Les enfants et les jeunes de La Famille ont véritablement été victimes de mauvais traitements mais c’est le Cuit Awareness Network (CAN) et son équivalent français ?ADFI qui sont directement responsables de ces mauvais traitements et de cette souffrance.”

LE CAS DU DOCTEUR JULLIEN

Le 6 mars 2000, le docteur Yves Jullien, marié et père de quatre enfants, mit fin à ses jours. Selon son épouse cet acte avait été déclenché par une rumeur persistante attachée au centre qu’il avait créé au château de l’Isle-sur-Serein pour accueillir des toxicomanes et des personnes atteintes de troubles psychiques graves. Cette rumeur faisait de son centre une “secte” et de lui un “gourou”. Pourtant, patients, infirmiers et médecins qui le côtoyaient étaient unanimes les accusations portées contre Yves Jullien et son association étaient totalement infondées et le docteur Jullien était irréprochable. Parmi ceux qui ont colporté cette rumeur et lui ont donné crédit, on trouve l’antenne ADFI de l’Yonne qui confirmait par lettre que trois responsables du centre créé par le docteur Jullien étaient membres d’une “secte” (voir planche 7, page 97) et I’UNADFI dont la présidente admettra en public avoir confirmé par téléphone qu’un des dirigeants de ce centre avait séjourné en Inde et connaissait le gourou SaY Baba.

LE SUICIDE D’UN JEUNE SCOUT

Le 21 juin dernier, un enfant de quatorze ans se suicida dans une école dirigée par une association scoute indépendante et une communauté religieuse catholique traditionaliste accusées d’être une “secte”. Cet enfant, dont les parents étaient séparés, s’était ouvert de certains problèmes dans son école auprès de la famille de son père qui avait ensuite contacté l’ADFI et déposé une plainte en justice. Devant la proportion que prit soudain cette affaire, l’enfant fit probablement très troublé. Il adressa un courrier à la famille de son père pour dire que désormais tout allait bien. Son suicide intervint peu de temps après.

Une idéologie de I’exclusion

Une fois encore, sans recul ni retenue, les groupes anti-sectes, qu’ils soient laïques ou religieux, transposent dans l’Hexagone un discours psychiatrique forgé aux Etats-(Jnis dans les années soixante-dix. Limitant leur action au lobbying parlementaire, au forcing médiatique et à la guérilla judiciaire, ces nouveaux croisés ambitionnent d’imposer un contrôle social sur des problèmes qui relèvent de la vie personnelle et familiale.” (Thierry Pflster)(33)

L’idéologie d’exclusion véhiculée par les groupes de pression luttant contre certains mouvements religieux prend racine dans une conception matérialiste de l’homme associant toute pratique religieuse intense à une pathologie.

Dans le milieu des années soixante-dix, a été mis en place dans plusieurs pays un véritable réseau d’associations chargées de jeter le discrédit sur tous les groupes religieux en dehors des grandes religions classiques et d’organiser à leur sujet de véritables campagnes de désinformation. Jean Hadot, professeur à l’Université libre de Bruxelles, a appelé fort justement ce lobby “la secte des adversaires des sectes” (34). Aux Etats-Unis, le premier groupe organisé de lutte contre les nouveaux mouvements religieux fut le “Citizens Freedom Foundation” (CFF — la Fondation pour la liberté des citoyens) fondé en 1973 par un militaire à la retraite, William Rambur, et un autodidacte, Theodore Patrick.(35) Peu de temps après, des psychiatres antireligieux, dont le docteur John Clark, fondèrent un groupe “d’experts” pour soutenir les actions du CFF ou de groupes similaires. Le docteur Clark était un athée convaincu. Dans la revue The American Atheist, il écrivit en mai 1977 un essai contre la religion dans lequel il s’exprimait en ces termes “La religion c’est de la politique, et toujours, la politique la plus autoritaire et la plus réactionnaire.”

LA “DÉPROGRAMMATION”, UNE ACTIVITÉ ILLÉGALE

Une des actions immédiates du CFF fut la mise au point et la promotion d’une méthode baptisée “déprogrammation” (“deprogramming” en anglais). Il s’agissait d’une pratique illégale consistant à enlever un membre d’un groupe religieux ou philosophique contre son gré et à tenter de lui faire abandonner ses croyances au moyen de techniques psychiatriques ou par la force. Les fondements même de la “déprogrammation” sont simplistes le mental serait une sorte de bande magnétique sur lequel s’imprime un programme modelant le comportement de l’individu ; ce programme pourrait être effacé et la bande magnétique réimprimée afin de modifier le comportement et les valeurs d’une personne ; les nouveaux mouvements religieux imprimeraient dans la tête d’une personne un mauvais programme ; les “déprogrammeurs” seraient là pour effacer cette “erreur de programmation” à l’aide d’un traitement, et le remplacer par un programme acceptable (à 15 000 dollars la tentative, bien sûr)(36).

L’enlèvement de la victime posait un grave problème mais Ted Patrick était persuadé que, s’il obtenait la coopération des parents tout au long du processus, des charges ne pourraient guère être retenues contre les auteurs de cet enlèvement. En accord avec des parents apeurés, Ted Patrick expérimenta cette technique sur divers membres de groupes religieux en les enfermant contre leur gré, en ridiculisant leurs croyances et en se servant du désarroi de leurs parents pour créer chez eux un sentiment de culpabilité afin qu’ils abandonnent leur groupe. On ne compte plus les scandales liés à la “déprogrammation” car l’usage de la violence était fréquent. Ted Patrick frit condamné plusieurs fois à des peines de prison ferme aux Etats-Unis.

Devant le tollé de protestations que cette pratique entraîna, le CFF dût déclarer officiellement qu’il était contre la détention d’une personne contre son gré. Le CFF, qui fut rebaptisé plus tard CAN (Cuit Awareness Network — Réseau de surveillance des “sectes”), continua néanmoins à soutenir la pratique d’une “déprogrammation volontaire” (une pratique de consultation psychiatrique ou psychologique au cours de laquelle l’adepte est soi-disant libre de partir à tout moment). En 1991, on trouvait par exemple dans le conseil d’administration de CAN le Dr Paul Martin, directeur du centre Wellspring spécialisé dans le traitement d’anciens adeptes. Le programme de ce centre est édifiant dans le paragraphe consacré au programme de “réhabilitation”, on lit qu’il s’agit de corriger les “pensées tordues” (“distorted thinking”). A la rubrique “usage du téléphone”, il est précisé que les patients n’ont pas le droit de téléphoner à l’extérieur Les appels d’urgence ne peuvent être faits que par le personnel soignant. En janvier 1991, une jeune hôtesse de l’air membre d’un groupe chrétien fut retenue à Wellspring contre son gré, à la demande de sa mère, et dut y subir des traitements qu’elle estima dégradants. Après s’être échappé par la ruse avec l’aide de son mari, elle porta plainte.

Les preuves montrant les liens entre le CAN et la pratique de la déprogrammation forcée, même après la récusation officielle de cette technique par le CAN, sont accablantes. Plusieurs déprogrammeurs ont témoigné sous serment être entrés en contact avec les parents de leurs victimes grâce au CAN. En 1993, un déprogrammeur notoire, Galen Kelly, fut condamné pour enlèvement et séquestration et passa plus d’un an en prison avant de bénéficier d’une libération conditionnelle. Or Galen Kelly avait été le directeur de la sécurité lors du rassemblement national du CAN en 1991. En 1992, il devait aussi tenir ce poste mais son arrestation l’en empêcha. Le coup de grâce vint en 1995 lorsque la justice américaine statua que le CAN était partiellement responsable de la “déprogrammation” du jeune Jason Scott, membre d’un groupe pentecôtiste. Le CAN fut condamné à verser une amende d’un million de dollars au plaignant, ce qui entraîna la faillite de cette association (37) . Il est intéressant de noter que le “déprogrammeur” de Scott, Rick Ross, un individu douteux au passé judiciaire chargé, était celui qui, en tant qu’expert “antisecte” “conseilla” le Bureau de contrôle des alcools, tabacs et armes à feu (ATF) tout au long du siège de Waco qui se solda, comme on le sait, par une énorme bavure : un assaut désastreux et la mort des 86 membres de la communauté.

VERS UNE LÉGISLATION D’EXCEPTION

En 1979, fut créée une autre association, étroitement liée au CFF, appelée “American Family Foundation” (AFF — Fondation de la famille américaine) sous l’impulsion du psychologue américain Georges Swope et du psychiatre John Clark. Dans les statuts de cette association, les buts apparaissaient clairement : “.. . La Fondation supportera les recherches psychiatriques et médico-légales dans les zones de modification du comportement et fera connaître ces informations au public.” L’AFF était une sorte de bras séculier du CFF plus spécialement chargé d’influencer les législateurs afin que des lois soient promulguées conrre les nouveaux mouvements religieux.(38)

Les associations “anti-sectes” américaines militèrent en faveur de nouvelles législations permettant aux professionnels de la santé mentale de “traiter” les membres de nouveaux mouvements religieux. Richard Delgado, l’avocat conseil du CFF, les psychiatres Clark et West (39) tentèrent par exemple de faire adopter dans divers états américains une telle proposition de loi. Cette proposition prévoyait que “toute personne qui a fait l’objet de persuasion coercitive de la part d’une secte” puisse être mise sous une tutelle provisoire par décision d’un juge sur demande d’un parent, d’un ami, d’un conjoint, etc. Le tribunal pouvait demander que l’adepte soit examiné par un psychiatre ou un psychologue diplômé. L’ordre de mise sous tutelle devait inclure un programme approuvé par le tribunal destiné à faire que l’adepte revienne à la raison au terme de sa période de tutelle.(40)

Cette proposition de loi fut rejetée aux États-unis, comme d’autres tentatives similaires.

Le député français Alain Vivien s’en inspira néanmoins. Dans un rapport au gouvernement sur les “sectes” publié en 1985, il tenta d’adapter ce projet américain dans sa proposition numéro 6. Ceci entraîna un tollé de protestations dont celle du président de la Fédération protestante de France. (41)

Dans un article publié dans l’Arizona Law Review Journal, Richard Delgado se vantait du “soutien du gouvernement français en la personne de M. Alain Vivien” sur sa “loi anti-sectes” (42)

UN MOUVEMENT COORDONNÉ DANS PLUSIEURS PAYS, VÉHICULANT LES THÈSES DES PSYCHIATRES ANTIRELIGIEUX

Curieusement, des avatars du CFF apparurent au même moment dans plusieurs pays d’Europe et au Canada. Il semble donc qu’il y ait eu une certaine coordination car rien, dans l’actualité, ne justifiait une telle simultanéité. En Allemagne et au Danemark, I-laack et Aagard fondèrent leurs propres mouvements, suivis de près par les Français Guy et Claire Champollion qui fondèrent à Rennes l’Association pour la défense de la famille et de l’individu (ADFJ), les Anglais, sous la conduite de Daphne Vane, les Canadiens, sous la conduite de Mac Pherson. Tous ces mouvements opéraient sur les mêmes bases utiliser des avocats et des hommes politiques pour faire passer leurs messages et tenter de modifier la législation en vigueur, véhiculer les thèses de psychiatres antireligieux qui assimilent l’appartenance à une “secte” à une maladie mentale, notamment celles de Clark, de West et de Singer.

L’ADFI a régulièrement promu ces thèses et notamment celles de John Clark (42). Dans une étude de Clark, distribuée et commentée par l’ADFI, il est par exemple écrit : “Il faut dire tout d’abord que s’il y a une schizophrénie évidente et classique chez la plupart des convertis, leur état mental ne réagit pas aux médicaments anti—psychotiques ou à toutes les autres formes de traitement normaux dans ces cas-là. Ce n ‘est pas par ces méthodes que le psychologue peut rétablir un processus de pensées normales (sic) et ceci d’autant plus que d’après les lois qui sont actuellement en vigueur, on ne peut garder suffisamment longtemps un contrôle physique pour appliquer des thérapies de confrontation. C’est-à-dire une thérapie qui pourrait avoir un certain succès, pour rétablir la personnalité d’origine, par exemple comme cela a été fait avec les anciens prisonniers de guerre de Corée. Les médicaments anti-psychotiques sont toujours actifs pour les causes aiguè’s, mais ils n ‘ont aucune influence sur les changements mentaux de ces personnes. La méthode que l’on appelle maintenant le déprogramming obtient généralement, si elle est bien faite, un succès relativement rapide, mais actuellement et pour des raisons juridiques, il est impossible de recommander cette thérapie.

Le bulletin d’information de l’AFP communiquait régulièrement des nouvelles des organisations “anti-sectes” étrangères, telles que FAIR (Family Action Information and Rescue 44) en Angleterre, Elterninitiative en Allemagne, l’ADFI en France. L’ADFI y était même désignée comme étant une “organisation de ressources outre-Atlantique”. En 1978, l’ADFI engagea une attachée de presse permanente du nom d’Alexandra Schmidt. A. Schmidt, de nationalité américaine, était une étudiante en sociologie, spécialiste des “sectes en URSS”. Elle devint rapidement la tête de pont des associations américaines en Europe.(45)

Alexandra Schmidt tenta de mettre sur pied, en collaboration avec le psychiatre Antoine Lazarus, un centre d’étude et de documentation qui serait devenu, s’il avait réellement vu le jour, un laboratoire de recherche largement subventionné par l’Etat. Ce projet, appelé “CEDOS”, faisait suite à une directive du psychiatre Clark qui demandait la création “d’une étroite coopération internationale sous la forme d’une association qui pourrait être un lieu de recherches inter-spécialisé, et de traitement de données”. Cette directive de Clark était jointe en annexe au projet de création du CEDOS.(46) Le soudain départ d’A. Schmidt de l’ADFI mit fin à ce projet.

A cette époque, A. Schmidt venait d’être inculpée suite à l’enlèvement et à la séquestration, en 1982, de la jeune membre de l’Eglise de l’Unification, Claire Chateau (47). La tentative de “déprogrammation” fut infructueuse et Claire Chateau ne renia pas sa foi. Elle décida par la suite de retirer sa plainte en justice afin de ne pas mettre en cause ses parents qui avaient fait appel aux déprogrammeurs.

Selon plusieurs témoignages, d’autres enlèvements du même type eurent lieu en France. A la fin des années soixante-dix, plusieurs jeunes adultes appartenant à de nouveaux mouvements religieux furent kidnappés et détenus contre leur gré, en France et en Suisse.

Pour renforcer les liens entre les associations “anti-sectes” de divers pays, dont l’ADFI, et les psychiatres, plusieurs réunions donnant une tribune à ces psychiatres et réunissant ces associations eurent lieu : Paris, en 1980, Bonn, en 1981, Arlington, en 1982. Suite à ce dernier colloque, Claire Champollion commentera en ces termes la “déprogrammation” dans le bulletin de l’ADFI “Notre respect de la loi, il faut l’avouer, n ‘est souvent que la peur du gendarme. Les circonstances et les mentalités sont différentes aux États-unis, où chacun est plus habitué à prendre avant tout ses responsabilités, quitte à en supporter les conséquences.(48)

Il y eut aussi la réunion de Barcelone, en 1987, à laquelle assistaient les psychiatres Louis West et John Clark, la psychologue Margaret Singer et I’ADFI A cette réunion, Louis West déclara: “En tant que médecin, je me sens attelé à une guerre contre une maladie. L’augmentation du taux de personnes prises par les sectes depuis vingt ans permet de classer cette maladie comme une épidémie sur laquelle on devrait orienter le travail de la santé publique (49). A propos de cette “épidémie”, le docteur West avait déclaré deux ans auparavant : “De toute évidence, le plus grand des facteurs perpétuant cette épidémie est le protectionnisme de la liberté: la liberté de religion, la liberté de parole, la liberté de réunion, la protection des citoyens contre l’ingérence du gouvernement”.(50) Comme on le voit, ces psychiatres qui influencèrent les associations “antisectes” françaises n’étaient pas de farouches défenseurs des libertés fondamentales.

Les conclusions de la réunion de Barcelone allèrent dans le sens de la médicalisation du phénomène des “sectes” : “Nécessité de l’étude du mécanisme législatif qui permettra aux parents qui ont un enfant dans une secte de l’en faire sortir pendant une période déterminée pour le faire examiner et éventuellement soigner. (…) Impliquer l’administration pour qu’elle considère que les divers dysfonctionnements psychologiques que présente un individu qui se trouve dans u,e secte font partie du domaine de la santé mentale et que par conséquent son traitement devrait être assimilé dans la nomenclature de la santé publique aux traitements des effets de la dépendance (alcool, drogue)(51).

Un bulletin du CAN de juin 1990 mentionnait qu’une réunion internationale des groupes d’éducation sur les “sectes” avait eu lieu à Paris en avril et qu’elle était organisée par l’American Family Foundation (AFF) et l’Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu (UNADFI) (voir planche 11, page 101). Le président de I’AFF, M. Herbert Rosale et la présidente de I’UNADFI de l’époque, Mme Lasserre, co-présidaient cette réunion. Dans le bulletin il était indiqué que la conférence s’était intéressée à la création d’un organisme permettant de découvrir des domaines où une coopération entre les organisations serait possible.(52) A l’époque Margaret Singer était membre consultatif du conseil d’administration de CAN.

L’ADFI trouva même le moyen de prendre la défense du CAN après sa condamnation par la justice américaine, parlant à son propos de “collègues américains”.(53) Drôles de collègues en effet, impliqués dans des affaires d’enlèvement et de séquestration et fortement condamnés par la justice… L’ADFI eut également des liens étroits avec des psychiatres français véhiculant les mêmes thèses que leurs collègues américains, assimilant les membres des nouveaux mouvements religieux à des malades mentaux. Ainsi une lettre de l’ADFI de 1979 faisait état d’une collaboration avec la psychiatre Jacqueline Renaud.’(54) Pour cette dernière l’engagement dans ces mouvements était dû à la présence dans le cerveau de zones “archaïques” où la raison ne pénétrait pas (55) Pendant plusieurs années, la psychiatre Sophie Beal fut chargée du suivi des anciens adeptes à l’ADFI. Au cours d’un entretien elle résuma d’une formule lapidaire toute la complexité de l’engagement dans les nouveaux mouvements religieux: “Un membre d’une secte n’est pas une personne authentique, c’est un personnage fabriqué qui vit dans un état de conscience altérée,” (56) Bien sûr, ce que l’ADFI omit de révéler dans ses publications est que toutes ces thèses psychiatriques assimilant l’adepte à un malade mental étaient largement contestées par la plupart des scientifiques oeuvrant dans ce domaine. Le Dr Clark, par exemple, si souvent cité par l’ADFI, fut l’objet d’un blâme de son conseil de l’ordre pour avoir établi un diagnostic de maladie mentale sur la seule base des convictions religieuses du patient. Ce diagnostic se révéla infondé.(57) La psychologue Margaret Singer, citée plus haut, fut officiellement désavouée par son ordre professionnel en 1987.(58)

LA CRÉATION DU CCMM

Un homologue de I’ADFI, le Centre contre les manipulations mentales (CCMM), fut fondé en 1981 par l’écrivain Roger Ikor, vice-président de l’Union rationaliste, après le suicide de son fils. Bien que l’écrivain soit décédé depuis, son nom continue de figurer sur le papier à en-tête du CCMM. Or, les écrits de Roger Ikor dans les Cahiers rationalistes font froid dans le dos.(59) Car cet écrivain n’hésitait pas à y tourner en dérision les grandes religions avec un “sens de l’humour” fort douteux

4 l’origine de toutes les sectes, vous trouverez cette demi-douzaine-là qui d’ailleurs sont quelquefois une douzaine pleine, si vous voyez ce que je veux dire. (…) Neuf fois sur dix, vous avez comme Père Fondateur un bonhomme qui s’avance sur le devant de la scène et proclame avec conviction ‘Moi, je suis le fils de Dieu. J’ai reçu la Révélations.’ En somme, Dieu lui a parlé de derrière un pilier, ou dans une grotte, ou près de ses moutons. Variantes possibles, au lieu d’être le fils de Dieu, il en est le Messie, ou, au minimum, le prophète. De toute façon, il est couplé par fil direct au Seigneur qui lui dicte le message à transmettre. De vous à moi, sur tous ces points, on trouverait d’illustres précédents, Mahomet, le Christ, Moïse. . . N’ayez crainte, nous y reviendrons.”

Quant aux solutions à adopter pour chasser “l’irrationnel”, Roger Ikor n’y allait pas par quatre chemins “Si nous nous écoutions, nous mettrions un terme à toutes ces billevesées, celles des sectes, mais aussi celles des grandes religions. (…) On peut difficilement demander à la loi de trancher d’un coup toutes les têtes de l’hydre ; ce serait pourtant la seule manière d’empêcher qu’une seule repousse.”

La nouvelle loi ‘About-Picard” poussée par Alain Vivien et ses exécutants — le CCMM et l’ADFI — a justement été conçue pour trancher d’un coup toutes les têtes de l’hydre ! Il faut dire qu’Alain Vivien, avant d’exploiter l’appareil de l’Etat au travers de la MILS, pour tenter de détruire les nouvelles formes de spiritualité, était le président du CCMM. Son épouse occupe aujourd’hui au CCMM un poste de direction rémunéré.

Continuons avec les propos du fondateur du CCMM, qui suent une haine pathologique

“Il faut cogner, détruire ces sectes qui pullulent sur notre pourriture. Quand suffisamment de gens iront mettre les locaux des sectes à sac, ils remueront sans doute (ndlr les pouvoirs publics 60).”******“On ira f.. la m… dans ces antres de mort que sont les sectes. Flanquer en l’air les restaurants macrobiotiques, les centres Krishna et autres. A ce moment là, les pouvoirs publics y prêteront peut-être plus d’attention.”.(61)

Le CCMM voue une haine farouche à de nombreux mouvements religieux même si ces mouvements sont parfaitement acceptés dans plusieurs grandes démocraties. De son côté la Chine, aujourd’hui, persécute l’organisation Falun Gong qu’elle qualifie de “secte destructrice”. Falun Gong est un mouvement d’inspiration bouddhiste qui prône l’exercice d’une pratique pourtant ancestrale en Chine, le Qi Gong, ou régulation de l’énergie vitale, mais qui a l’immense tort d’avoir fait de nombreux émules parmi les cadres du Parti communiste. Les positions du CCMM plaisent suffisamment aux autorités chinoises pour que ces dernières aient cru bon d’inviter l’association française à participer à un colloque sur les “sectes destructrices”, organisé à Pékin les 9 et 10 novembre 2000.

 La délégation française, outre trois membres du CCMM dont l’épouse d’Alain Vivien, comportait aussi Alain Vivien, président de la MILS, présent officiellement à titre “d’observateur “. Mais que pouvait bien observer Alain Vivien ? La féroce répression chinoise de Falun Gong qui a conduit à l’interpellation de 35 000 adeptes, à la mort en détention d’une centaine d’entre eux, à l’internement psychiatrique de certains adeptes notoires refusant d’abjurer leur foi ? Officiellement, avec ce colloque, il s’agissait pour les autorités chinoises de confronter leur expérience de la “lutte anti-sectes”avec celle d’autres pays. Le bulletin du CCMM, Regards, daté de décembre 2000, soulignait d’ailleurs que “les représentants français invités au symposium ont reçu un accueil chaleureux et f ait l’objet d’une écoute particulièrement attentive” (voir planche 12, page 102). Le même bulletin reproduisait aussi, sans le moindre commentaire critique, la prose officielle chinoise contre Falun Gong.

Il faut croire que cette écoute ‘attentive” des méthodes françaises n’a pas inspiré la Chine dans le sens d’une plus grande modération: en décembre de la même année, les principaux responsables en Chine de l’organisation Falun Gong étaient condamnés à dix-huit ans de prison sur la seule base de leur appartenance au mouvement La répression chinoise ne concernait d’ailleurs pas que Falun Gong. Le 13 décembre, une dépêche de l’AFP indiquait que les autorités chinoises avaient fermé et, dans certains cas, fait dynamiter, quelque 450 édifices religieux construits “illégalement” dans l’est de la Chine. Il s’agissait d’églises catholiques et protestantes, ainsi que de temples bouddhistes et taoïstes.

Par un curieux effet du hasard, on apprenait la création, après ce colloque, d’une association “anti-secte” chinoise dont le programme ressemble à s’y méprendre à celui des associations françaises financées par les pouvoirs publics. Association fondée notamment par He Zuoxiu, le père de la bombe atomique chinoise. Une délégation de cette association s’est empressée fin décembre de rendre visite à son homologue française… le CCMM. Selon le magazine L’Express, cette délégation aurait même été reçue par la MILS.(62)

Des dirigeants ou des membres plusieurs fois condamnés

Quelques parlementaires de toutes origines, au prix de grossiers amalgames, dressent la liste des coupables dans des conditions qui vaudraient au moindre folliculaire les foudres de la dix-septième chambre. Chacun pouvant ensuite brandir ce document, la chasse aux sorcières s’organise, rv&ant chez les traqueurs des comportements au moins aussi sectaires que parmi le gibier.” Thierry Pflster

Derrière la façade respectable que présentent à des journalistes pas très curieux les groupes de pression qui luttent contre les nouvelles religions, pointent de biens sordides affaires. En voici quelques exemples.

LES ÉPOUX DORYSSE

Le 28 juillet 1992, sous les yeux horrifiés des passants, Roger Dorysse tira plusieurs coups de carabine sur son beau-fils, Jean- Richard Miguères. Après avoir rechargé son fusil, le meurtrier revint achever froidement sa victime. Les époux Dorysse étaient membres de l’ADFI. Le gendre, Jean-Richard Miguères, était le fondateur du Ceirus, Centre européen d’initiation à la recherche ufologique à caractère scientifique. Il donnait souvent des conférences où il faisait salle comble. Son association était étiquetée comme “secte UFO” (sic) par l’ADFI. Roger Dorysse frit arrêté par la police et incarcéré. Le 25 janvier 1995, il frit jugé coupable de meurtre avec préméditation et condamné à 6 ans de réclusion. Deux jours après le drame, un article paru dans Le Figaro Lyon chargea entièrement la victime au lieu de condamner l’assassin. Son sous-titre était même d’un humour douteux “Cette fois les extraterrestres n ‘ont rien pu faire. Le président d’une association d’ufologie est mort mardi à la Croix-Rousse, abattu par son beau-père.” Cet article citait largement l’ADFI pour expliquer que le Ceirus avait bien les caractéristiques d’une secte ! Dans cet article la journaliste expliquait que “les Dorysse avaient appris à connaître les activités suspectes de Jean Miguères lorsqu’ils étaient en relation avec l’Association de defense des familles et de l’individu”. Un autre article, publié dans Le Figaro Lyon avait la même tonalité et chargeait entièrement la victime. Le journaliste citait les propos de membres de l’ADFI qui ridiculisaient ses croyances “Il prêchait l’existence d’autres vies et d’autres existences. Il se disait habité par Striibe, le chef suprême des armées intergalactiques.” Loin de condamner fermement l’assassin, le journaliste concluait simplement son article en expliquant l’assassinat comme le geste d’un grand-père “désespéré par la récente union de sa fille” et qui, sachant que sa petite-fille allait quitter la France “a eu peur et s’est fait justice”. Drôle de justice Le 1” août 1992, Lyon Figaro récidivait en donnant la parole à Mme Dorysse: “C’est un cri d’alarme que je veux lancer aujourd’hui. Si mon mari en est arrivé là, c’est que personne n’a bougé le petit doigt avant” “Il faut maintenant que l’on continue notre combat. Mon mari regrette bien sûr son geste. Mais il est totalement soulagé et serein. Il a fait çà dans un seul but, sauver notre petite-fille des griffes de ce dangereux personnage.” Et le journaliste d’enchaîner dans un hallucinant renversement où l’assassin devient la victime: “Depuis plus d’une année, les Dorysse sont confrontés à un phénomène de société de plus en plus fréquent les sectes.”  Extraordinaires complaisances pour un assassinat commis de sang-froid.

LES SOEURS BOUVIER DE CACHARD

Les soeurs Bouvier de Cachard étaient membres de l’ADFI. L’une d’elles accepta même d’envoyer un témoignage écrit en faveur de cette association. En 1991, elles prétendirent que leur fille et nièce, Anne-Catherine, une brillante normalienne, était membre d’une “secte”. Alors, sous prétexte de la soustraire à une emprise maléfique, elles décidèrent, en août 1991, d’enlever et de séquestrer la jeune fille, avec la bénédiction du vicaire général de Verdun. Anne-Catherine fat conduite de force dans un hôpital psychiatrique où on lui injecta des neuroleptiques puissants. Son fiancé, qui entre temps avait porté plainte, réussit à faire libérer sa compagne. La mère, la tante et le prêtre furent mis en examen pour enlèvement et séquestration. Cette procédure fut ensuite annulée pour les kidnappeurs suite à un vice de procédure incroyable : le réquisitoire du procuteur de la République n’était pas signé En fait, Anne-Catherine n’était membre d’aucune “secte” comme une enquête approfondie de la justice le révélera. Selon les dires de la jeune fille, la mère et la tante ne supportaient pas qu’elle puisse vivre sa vie de femme loin d’elles avec un homme qui ne leur convenait pas. Mais pendant des années les deux soeurs s’acharneront à répandre leurs affabulations. Elles iront même jusqu’à créer une association au nom accrocheur, “Secticide”, dans laquelle elles purent donner libre cours à leurs penchants liberticides.

L’AFFAIRE DU CHÂTEAU DU MAGNET

Les occupants d’un château berrichon situé à Mers-sur-Indre, le Château du Magnet, avaient su transformer ce château et son parc de 65 hectares en pôle touristique majeur, en reconstituant dans son enceinte la vie quotidienne du Moyen Age. Un restaurant proposait aux visiteurs des mets cuisinés selon les recettes de l’époque des animateurs en costume d’époque offraient de nombreuses activités tir à l’arc, calligraphie, tournois de chevalerie, arts courtois, arts martiaux… Cette animation originale qui avait bénéficié d’articles très élogieux dans la presse locale et nationale68 attirait chaque année une dizaine de milliers de visiteurs. Soudain, en 1991, des rumeurs se mirent à circuler dans le pays accusant les animateurs d’avoir constitué une “secte”. On vit même Janine Tavernier faire le déplacement à Châteauroux, accompagnée de l’abbé Jacques Trouslard et d’un responsable d’antenne locale de l’ADFI, le docteur Richard, pour dénoncer les activités du Château du Magnet. 69  Cette croisade eut des effets désastreux pour l’activité touristique. En 1992, le château ne comptait plus que deux mille visiteurs. Les habitants du château contre-attaquèrent et décidèrent de porter plainte contre l’ADFI. Le tribunal de grande instance de Paris condamna l’ADFI à payer aux propriétaires du château un franc à titre de dommages-intérêts et enjoignit l’ADFI de retirer du dossier relatif au Château du Magnet des passages litigieux. Par ailleurs, dans un autre procès, Mme Tavernier, présidente de l’UNADFI, ainsi qu’une journaliste, furent condamnées à verser à chaque plaignant du Magnet la somme de 5000 francs à titre de dommages-intérêts. La cour d’appel de Paris confirma ce jugement.

LE JUGEMENT DE DOUAI

La présidente de l’ADFI Lille, Mme Ovigneur, avait tenu à l’antenne d’une radio de Racquinghem des propos rudes contre les Témoins de Jéhovah, traitant leurs dix dirigeants internationaux de “dealers”, ‘proxénètes” et “d’esclavagistes”, Les Témoins avaient décidé de réagir et de porter l’affaire devant un tribunal. En première instance Mme Ovigneur fut relaxée mais la cour d’appel de Douai la condamna au civil - l’action pénale étant forclose - aux dépens des actions civiles et à verser un franc de dommages et intérêts pour diffamation à chacun des dix dirigeants. Interrogée par La Voix du Nord après sa condamnation, Mme Ovigneur non seulement ne regrettait pas ses propos mais encore elle faisait part de son étonnement : ‘je me demande si dans ce pays nous avons encore la liberté de nous exprimer oralement,”

L’AFFAIRE PAUWELS

L’éditorialiste Louis Pauwels avait écrit un article intitulé “Sectes l’esprit d’inquisition. La liberté de croire, de se réunir et de tenter de convaincre autrui fait partie des droits fondamentaux”, publié le 24 octobre 1996 par Le Figaro. Dans cet article, le journaliste dénonçait une “guerre contre les sectes” qui “réveille l’esprit d’inquisition et s’apparente dans bien des cas aux procès en sorcellerie où la rumeur tenait lieu de preuve.” Mise en cause dans cet article, l’UNADFI avait décidé de porter plainte pour diffamation. Le tribunal de grande instance de Paris débouta I’UNADFI de cette demande. Le jugement comporte la mise en garde suivante “En définitive, l’article incriminé traduit, de la part du journaliste, une mise en garde contre les excès pouvant porter atteinte à la liberté de pensée et d’expression, ainsi qu’un appel à la tolérance dans la légalité”

L’AFFAIRE MONTJOIE

L’ADFI est parfois au sein de bien curieuses alliances. Ainsi, en octobre 1993, avait lieu au Mans le procès de six éducateurs d’une association d’aide à l’enfance, l’association Montjoie. L’objet de l’inculpation était la non-dénonciation d’un viol de mineur. Un jeune homme de dix-huit ans avait, en décembre 1992, violé un jeune garçon de sept ans placé dans la même famille d’accueil. Le psychiatre et les éducateurs chargés du suivi des deux enfants n’avaient pas jugé bon de prévenir la justice. Alertés par la famille d’accueil, les éducateurs avaient replacé le jeune homme dans une autre famille. Ils ne s’étaient pas préoccupés du suivi médical de la victime. L’agresseur avait avoué avoir commis un précédent viol deux ans et demi auparavant, alors qu’il était déjà suivi par un des éducateurs, et là aussi les faits n’avaient pas été dénoncés à la justice. Au procès, la présidente de I’UNADFI, Janine Tavernier, vint témoigner en faveur d’un des inculpés. Un comité de soutien aux inculpés du Mans se constitua même avec, parmi ses membres, l’antenne locale ADFI Sarthe. En juillet 1994, la cour d’appel d’Angers condamna à de lourdes peines de prison avec sursis et d’amendes les six salariés de l’association Montjoie pour non-dénonciation de viol et non-assistance à personne en danger. Dans ses attendus, la cour d’appel se montra extrêmement sévère avec les prévenus, estimant que les faits qui leur étaient reprochés étaient “caractérisés” et qu’ils devaient “valoir à leurs auteurs une application sévère de la loi pénale”. La cour estima que les salariés de l’association s’étaient “montrés soucieux de minimiser, voire de dissimuler les faits” alors qu’ils auraient dû en informer immédiatement le juge pour enfants.”.

Un financement sur fonds publics

Nouvelle chasse aux sorcières bénéficie des subsides de l’Etat et, sauf exception, du soutien sans réflexion des médias. “ (Louis Pauwels)

Les associations telles que I’ADFI ou le CCMM sont largement financées par les pouvoirs publics, administrations centrales ou collectivités territoriales, et ceci est très étonnant dans un pays laïque dont la Constitution garantit la neutralité religieuse, compte tenu du fait que ces associations délivrent au public une information partisane. Les demandes de subvention de ces associations font apparaître que l’information du public et des journalistes représente l’essentiel de leur activité. Or cette information ne peut être objective puisque ces associations indiquent que leur rôle est de lutter contre les ‘sectes”. Ces financements publics sont très supérieurs au montant des donations que ces associations recouvrent de leurs membres, ce qui contribue d’ailleurs à relativiser la portée du “problème des sectes” car une véritable cause nationale n’a aucun mal à trouver des financements privés. L’association “Solidarité Enfants Sida”, par exemple, n’est financée qu’à hauteur de 15% par des fonds publics.

Pour I’UNADFI, les ADFI et le CCMM, la proportion s’inverse et c’est la part de fonds privés qui est minoritaire Ainsi, l’UNADFI a reçu en 2000 un montant de subventions de l’État français s’élevant à 2 325 000 F alors que les dons privés, supposés provenir du soutien populaire, s’élevaient à 19 884 F. Les familles et les individus que l’UNADFI est censée aider ne semblent pas très disposés à financer ses activités ! Une association reconnue d’utilité publique devrait pourtant disposer de fonds importants provenant du public concerné par sa cause. L’examen attentif des comptes montre que I’UNADFI et les ADFI vivent au crochet de l’État et des collectivités publiques et que, sans leur soutien financier, elles ne survivraient pas une semaine. Dans le même temps, le bilan 2000 de l’UNADFI fait apparaître des placements financiers très importants, sous forme de SICAV. Parmi les recettes de l’année 2000, les produits financiers s’élèvent à 107 906 E Pour la même année, la rémunération du personnel de l’UNADFI a coûté la coquette somme de 1 757 853 F alors que le nombre de permanents s’élevait à 9 personnes à temps plein et une personne à mi-temps, soit presque 190 000 F par personne. On gagne bien sa vie dans cette association, aux frais du contribuable.

Le CCMM n’est pas en reste. On apprenait récemment par la presse que la directrice administrative du CCMM, qui n’est autre que l’épouse d’Alain Vivien, président de la MILS, serait ailée négocier directement à Matignon l’octroi d’une subvention de 4,5 millions de francs pour l’achat d’un nouveau siège du CCMM. La somme lui aurait été allouée en février 2001, sur la ligne budgétaire de la “défense des droits de l’homme”.” Dans d’autres pays le financement public de ce type d’associations a été jugé illégal. Le tribunal administratif fédéral allemand décida, par un jugement rendu le 27 mars 1992, qu’en l’absence de bien- fondé juridique, le gouvernement fédéral ne pouvait plus soutenir avec le budget de l’Etat une association qui combattait les “nouvelles religions” et “nouvelles sectes”. Dans un jugement prononcé parallèlement et pour les mêmes raisons, le tribunal administratif fédéral déclara illicite le soutien financier accordé par la Ville d’Essen à une association agissant sur un plan local contre les “nouvelles religions” ou “nouvelles sectes”.Au Québec, le pendant de l’ADFI, l’association “INFO-SECTE” s’est vu refuser un financement du ministère de la Santé et des Services sociaux. Les raisons invoquées sont édifiantes “Il n’est pas dans le mandat du ministère de la Santé et des Services sociaux de s’impliquer dans un secteur où la liberté religieuse et ses différentes pratiques sont mises en cause.” La même année en France, le ministère des Affaires sociales accordait à I’UNADFI une subvention de 250 000 F

Vies détruites, familles et carrières ruinées

“Il se développe, sous couvert de lutte contre les sectes, un climat méfiance à l’égard de tous les mouvements religieux, qui pourrait confiner à une véritable hystérie, et menacer les grandes libertés et la laïcité qui suppose le pluralisme et la liberté de conscience et d’opinion.” (Alain Boyer)

Pour enquêter sur les conséquences de la “chasse aux sorcières” qui sévit en France contre les nouvelles formes de spiritualité et de religiosité, une commission d’experts s’est réunie le 3 mars 2000 à Paris. Cette journée était organisée par différentes minorités spirituelles avec la participation de l’Omnium des Libertés, une association loi 1901 constituée pour défendre la liberté de conscience au lendemain de la publication du premier rapport parlementaire, en 1996, mettant 172 groupes religieux ou spirituels à l’index. La commission était constituée par :
- le révérend L’heureux du Conseil national des Églises chrétiennes à New York,
- Irving Sarnoff, président de l’ONG “Les Amis des Nations unies”, vétéran de la défense des droits de l’homme aux États-unis,
- Joèl Labruyère, président de l’association “Omnium des Libertés”,
- Gabrielle Yonan, sociologue allemande,
- le pasteur Hostetter, premier pasteur de l’Eglise protestante libérale de Belgique,
- Philippe Gast, docteur en droit.

Plusieurs dizaines de personnes venues de différentes régions de France ont témoigné de la discrimination dont elles ont été victimes du fait de leurs croyances ou de leurs idées.

Face à l’affluence des témoignages de membres de près d’une quarantaine de minorités spirituelles, parmi lesquelles Sukio Mahikari, l’Eglise universelle du Royaume de Dieu, l’Eglise de Scientologie, La Famille, Hare Krishna, Galacteus, La Maison de Jean, l’Eglise de l’Unification, Hotus, l’Ordre d’Avallon, le Temple initiatique, l’Eglise raèlienne, Energie et Créativité, etc. , il a été décidé de rendre cette commission d’enquête permanente et itinérante de façon à recueillir des témoignages dans les principales villes de France. Les personnes faisant l’objet de discrimination se sont fédérées en une Coordination des associations et particuliers pour la liberté de conscience. Cette Coordination a été créée avec l’appui des experts présents. La commission d’enquête permanente s’est ensuite rendue à Marseille, le 29 mars, à Lille, le 19 avril, à Lyon, le 28 avril, à Rennes, le 17 mai, à Bruxelles, le 26 mai, à Auxerre, le 10 juin, et à Tours, le 29 juin.
Les récits qui suivent sont extraits des 150 témoignages recueillis lors des audiences.

1. Orthophoniste et naturopathe, il est dénoncé comme “gourou” Dans une petite ville de province, cela ne pardonne pas.
PB. Naturopathe de formation exerçant dans le Sud-Ouest a été l’objet d’une campagne médiatique qui a eu pour résultat de lui faire perdre son emploi. ‘je viens témoigner pour un ami, PB., qui habite dans le Sud- Ouest et qui ne peut être présent aujourd’hui. Naturopathe de formation depuis seize ans à Bayonne, il pratique l’iridologie, l’aromathérapie et le traitement par les huiles essentielles. Orthophoniste depuis huit ans, il pratique aussi le Radja Yoga des Brahma Kumaris.
Dès 96, l’ADFI a mené, dans le Sud-Ouest, une campagne d’information dans les écoles primaires et secondaires ainsi que dans les universités sur le danger que représentent toutes les minorités spirituelles qu’ils qualifient de “sectes” et dont les Brahma Kumaris font partie. Sur Radio-France Pays Basque, P.B. présentait bénévolement depuis plus d’un an et demi des émissions sur la naturopathie. L’ADN a prétendu que PB était le gourou de la “secte” des Brahma Kumaris. Suite à ces pressions, la direction de la radio lui a interdit de continuer ses émissions.
PB. Exerçait sa profession d’orthophoniste à Saint-Palais, petite ville de quinze cents habitants, juste à côté de Bayonne où il était connu de tous les habitants. En 1997, une réunion de l’ADFI dénonçait les activités des “sectes” en général en France et ils ont consacré plus de la moitié de cette réunion à P.B. Cela a représenté un énorme choc pour ses amis et tous les gens qui le connaissaient dans cette ville. Ensuite, en 1998, un article est paru dans le journal Sud-Ouest qui mettait les Brahmâ Kumaris en première ligne. L’article parlait de PB. Sans citer précisément son nom, mais avec suffisamment de détails pour qu’on puisse le reconnaître. Suite à cela, il a perdu 60 % de sa clientèle. Il a reçu de nombreux appels téléphoniques anonymes, des menaces, des moqueries, même de nuit. Ensuite on lui a demandé de quitter le bureau d’une association qui organisait des conférences, l’Université d’études libres. On le tenait pour responsable de la perte des adhérents, des cotisations, du public, vu la suspicion qui régnait sur son appartenance à une “secte”. On lui a demandé de quitter cette association.

Dernier épisode, P.B. était visiteur de prison depuis huit ans à titre de naturopathe. Le directeur du service régional pénitentiaire de Bordeaux lui a retiré son agrément parce qu’il était membre d’un “mouvement à caractère sectaire”.

2. Il y a eu une perquisition dans les locaux avec des interrogatoires systématiques de notre entourage et de membres assez proches. Les policiers ont essayé de faire passer ces personnes pour des victimes, et quand les gens refusaient d’avouer ou de reconnaître des choses qui n’existaient pas, alors, ils devenaient complices de nos agissements. La technique est simple soit victimes, soit complices… Claude “J’étais, à l’époque, un des responsables de la Maison de Jean, une école de recherche et de réflexion spirituelle. J’étais également gérant d’une SARL. J’étais bénévole pour ces deux activités. Par ailleurs, j’avais un travail rémunéré puisque j’étais cadre de direction dans un organisme de formation. Avec une amie assez proche, qui n’a jamais été membre de l’association, nous avons eu un conflit qui serait trop long à expliquer ici. Comme nous étions une association spirituelle, elle a trouvé malin de nous accuser d’être une “secte” pour nous nuire au maximum. Pour assouvir sa vengeance, elle est allée voir l’ADFI, la préfecture du département ainsi que quelques-unes de nos relations avec la volonté d’étouffer notre mouvement. Les attaques en correctionnelle et au civil ont commencé contre le président du mouvement, sans aucun résultat. Nous avons essayé de prendre contact avec l’ADFI pour savoir ce qu’on pouvait nous reprocher, mais chaque fois fi y a eu refus de dialogue. Nos ennemis sont donc passés à la vitesse supérieure en nous dénonçant à la préfecture sur un ensemble d’opérations complètement inventées, mais qui a suffi à déclencher une enquête. Un beau matin, la police a débarqué dans nos locaux en perquisitionnant aussi nos domiciles privés. J’ai été interpellé sur mon lieu de travail pour 48 heures de garde à vue. Je rappelle que j’étais cadre de direction. Ensuite, nous avons été amenés au palais de Justice à Paris où nous avons passé la nuit en cellule, avec des cafards et autres bestioles Pendant ce temps-là, il y a eu une perquisition dans les locaux avec des interrogatoires systématiques de notre entourage et de membres assez proches. Les policiers ont essayé de faire passer ces personnes pour des victimes, et quand les gens refusaient d’avouer ou de reconnaître des choses qui n’existaient pas, alors ils devenaient complices de nos agissements. La technique est simple soit victimes, soit complices… Les comptes des dirigeants de l’association et de la SARL ont été bloqués, ce qui a conduit au licenciement des personnes salariées. Pendant la perquisition, la police a récupéré des factures adressées à nos clients. Elle a communiqué ces pièces à nos détracteurs qui ont contacté nos clients pour leur dire que nous étions une “secte”. Sans la communication par la police de ces pièces à des personnes extérieures, nous n’aurions pas eu les dommages que nous avons subis. Ensuite nous avons eu un contrôle fiscal sur l’ensemble des personnes physiques et des personnes morales. Quand la police a vu que rien ne bougeait dans l’entreprise où je travaillais, ils sont venus à quatre inspecteurs — le grand jeu — pour interroger mon employeur et savoir si je ne faisais pas de prosélytisme dans l’entreprise. Mon employeur a tenu bon pendant un mois et quand la police a su que je n’étais toujours pas parti, ils ont menacé le directeur d’un scandale. La police a tout fait pour que je sois licencié. Donc, effectivement, je me suis retrouvé au chômage avec une carrière brisée puisque je suis un autodidacte et que j’avais grandi professionnellement dans l’entreprise, où j’étais arrivé à un poste correspondant au numéro trois. J’ai dû vendre un appartement dont je ne pouvais plus payer les échéances. J’ai recherché du travail après, sans en trouver, la police s’arrangeant aussi pour faire connaître ce qu’on me reprochait. En 95, dans nos locaux, se déclencha un incendie d’origine indéterminée. L’assurance avait accepté de régler le sinistre sans problème jusqu’à la parution du rapport parlementaire de 96 où nous étions cités. Suite à cela, la compagnie d’assurance a refusé de régler l’incendie et a porté plainte contre X. Cela a donné lieu à une nouvelle perquisition, dans nos nouveaux locaux, avec encore des gardes à vue, pour un incendie dans lequel nous n’avions rien à voir. Enfin ça s’est soldé par un non-lieu, mais aujourd’hui encore nous sommes toujours en procès avec la compagnie d’assurance pour être réglés et le seul motif est : “C’est une secte, ils ont mis le feu à leurs locaux.” En ce qui concerne les médias, nous avons eu droit à toutes les recettes et calomnies utilisées contre les minorités spirituelles. Une chaîne comme CANAL+ nous a traînés dans la boue sans que nous puissions rien faire. Nous sommes actuellement en procès pour diffamation, faux et usage de faux contre FR 3.”******3. En tant que formateurs, si nous voulons travailler pour de grandes organisations européennes ou françaises qui ont lu Le rapport “Les sectes et argent”, je dois aller demander à L’ADFI un certificat de bonne conduite.

Christian “En tant que psychosociologue, je dirige un organisme de formation depuis une quinzaine d’années. Mon premier “tort” est d’enseigner différentes disciplines psychologiques, notamment la PNL — programmation neurolinguistique — dont on a dit, ici et là, depuis plusieurs années, que c’était une “secte”. Dans les séminaires que je peux animer dans de grandes entreprises et des administrations, je parle assez régulièrement et très librement de spiritualité. Je n’ai jamais appartenu à aucune organisation spirituelle, religieuse, ou mystique. En 1994, j’ai lancé un mouvement politique qui a présenté une liste aux élections européennes, pour défendre notamment la liberté de conscience et les libertés thérapeutiques. Il faut croire que tout cela a dû agacer un certain nombre de gens au pouvoir qui ont réussi à faire passer ma société de formation pour une filiale de la Scientologie, dans le rapport parlementaire de juin 1999 intitulé “Les sectes et l’argent”. Et cela alors même que je n’ai jamais eu une quelconque relation avec la Scientologie. En 1996, mon entreprise était florissante avec un peu plus de six millions de francs de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, nous avons un peu de mal à faire la moitié de ce chiffre d’affaires parce que, pour obtenir la même clientèle, je dois faire à peu près trois fois plus d’efforts pour faire face aux suspicions et aux questions. J’ai perdu plusieurs marchés depuis quelques mois avec un certain nombre de mes clients ou futurs clients. Un de mes associés est allé demander à Mme Janine Tavernier un certificat de “bonne secte” — pour avoir le droit de travailler. Celle- ci lui a dit: flh, ne me demandez pas de papier…” Nous en sommes là, aujourd’hui. En tant que formateurs, si nous voulons travailler pour de grandes organisations européennes ou françaises qui ont lu le rapport “Les sectes et l’argent”, je dois aller demander à l’ADFI un certificat de bonne conduite.

4. Un mari jaloux avait des problèmes avec sa femme quant au travail de développement personnel que suivait son épouse avec notre collaboratrice. Nous nous sommes donc retrouvés fichés à I’ADB et étiquetés “secte”. Les renseignements généraux ont été impliqués dans l’affaire, et ils nous disent qu’il n’y a que ça contre nous.

Marie: “Je suis présidente de l’association Espace Manuel à Aix-en-Provence. Notre équipe associative anime un centre de développement personnel et artistique qui propose diverses activités, que ce soit en groupe ou à titre individuel : danse créative, relaxation, etc. Nous organisons également des conférences. Nous avons démarré en septembre 92 sous le nom “Association Énergie et Création Aix Lubéron”. On a été très surpris de découvrir le 18 juillet 96, dans le journal L’Express, que nous étions assimilés à une “secte”. Et cela à cause d’une procédure de divorce. Un mari jaloux avait des problèmes avec sa femme quant au travail de développement personnel que suivait son épouse avec notre collaboratrice. Il a utilisé le fait que cette personne faisait un travail de développement personnel en groupe pour se venger et apporter de l’eau au moulin de son divorce. Il a donc déposé une plainte à Besançon en 1995. Nous nous sommes donc retrouvés fichés à l’ADFI et étiquetés “secte”. Les renseignements généraux ont été impliqués dans l’affaire. On a eu des contacts avec eux et ils nous disent qu’il n’y a que ça contre nous comme élément. A partir de ce moment-là, nous avons été considérés comme des pestiférés et des bannis par les autorités locales d’Aix-en-Provence. Donc en septembre 97 nous avons créé une autre association qui s’appelle Espace Manuel, avec des statuts différents, plus proches de nos activités et de la situation du moment. De 96 à 99, l’Office du tourisme de la ville d’Aix a refusé de diffuser nos documents. Ensuite, en septembre 97, la maison des associations qui organise ASSAGORA, la foire des associations à Aix, a refusé notre participation. Elle a donné notre place à une autre association et, depuis, nous n’avons plus notre place à ASSAGORA. Actuellement, nos documents sont toujours refusés systématiquement dans toutes les Maisons des jeunes et de la culture, et les établissements reliés à la ville d’Aix-en-Provence. On a eu un problème aussi au salon “Millepertuis et Sarriette” à Puy Ricard, en février 2000, parce que ce salon était relié à la municipalité de Puy Ricard, et comme nous étions une “secte”, nous n’avions donc pas notre place au salon. Finalement, ils ont accepté. Il y a eu aussi l’association “Graine de vie” qui a eu du mal à avoir une subvention de la ville d’Aix parce que justement cette association travaillait avec l’Espace Manuel. On a été reflués au salon “Artemisia” à Marseille, en novembre 99. Donc, depuis janvier 96, nous entendons toujours des propos diffamatoires qui concernent notre association et notre travail. Depuis 96, nous n’avons eu aucun contact avec les autorités politiques ou administratives de la ville d’Aix. Personne n’est venu se renseigner ou dialoguer avec nous. Par contre, j’ai appris tout récemment que nos conférences étaient surveillées par les services municipaux concernés.”

5. Je me suis présenté à plusieurs reprises devant L’ADFI qui m’accuse d’une chose bien particulière, c’est de ne pas penser comme tout Le monde. Un jour au téléphone, La présidente de L’ADFI de Lille m’a demandé: “Dites-moi un peu, quelle est votre position par rapport à Dieu ou à Jésus? ”

Thierry: “Le 22 janvier 1996, au lendemain de mon anniversaire, un de mes amis m’a dit: “Tu as vu, tu es dans La Voix du Nord. Dans la liste parlementaire sur les ‘sectes’ il y a l’institut de psychanimie.” Psychanimie est un néologisme signifiant psychologie de l’âme. Cette association fonctionnait sur le territoire français et travaillait avec les pays francophones comme la Belgique, le Zaïre, etc. J’ai toujours été élu membre du bureau. S’il y avait eu un problème quelconque dans cette association, j’aurais été effectivement aux premières loges. Je n’ai donc jamais eu de plaintes, d’enquêtes, de malversation quelconque. Aucun de nos étudiants et étudiantes ne se sont plaint de nos activités. Ma première réaction a été de croire à une erreur. Aussitôt j’ai pris le téléphone pour appeler, entre autres, M. Gest, le président de la commission. J’ai mis six mois pour avoir un rendez-vous au ministère de l’Intérieur où j’ai rencontré le général Morin et M. Guerrier de Dumas, responsable de l’Observatoire des sectes, l’ancêtre de la MILS. Je leur ai dit : “Messieurs, c’est à vous de me dire pourquoi je suis sur cette liste / il n’y a rien contre moi.” Ils m’ont dit : “il y a peut-être erreur, monsieur, on va rectifier ça.” En rentrant, je leur ai écrit que je prenais note qu’ils allaient rectifier cette situation. Tous les deux m’ont écrit : “Nous n’avons jamais dit ça. Nous étions là simplement pour vous écouter.” J’ai alors compris qu’il ne fallait plus se défendre mais attaquer, d’autant plus que, évidemment, je n’étais pas le seul président d’association qui n’avait rien à faire sur cette liste. Il y a quelque temps j’ai demandé à la CNIL — Commission nationale Informatique et Liberté — si j’étais sur les listes des fichiers de police. La CNIL m’a répondu : “Vous n’êtes pas sur les listes. Vous pouvez attaquer en diffamation pour excès de pouvoir le président du rapport parlementaire.” C’est donc ce que je fais depuis juillet de l’année dernière. J’ai donc écrit au tribunal administratif la lettre suivante dont voici des extraits qui permettent de mieux comprendre les préjudices que j’ai encourus :

1. Au niveau familial : Utilisation de cette injustice par mon épouse dans le cadre de mon divorce en cours et dans le but de me retirer tout droit de visite sur mes trois enfants. Étant enseignant de profession, j’ai toujours été un père présent pour l’éducation journalière, les vacances, etc. Cela fait deux ans que je ne vois plus mes enfants, après vingt ans de mariage.

2. Au niveau professionnel : Nombreuses perturbations et vexations, perte d’emploi évitée de justesse en tant qu’enseignant. J’ai menacé de faire intervenir un avocat lillois, spécialiste des droits de l’homme. Depuis ce moment-là, on me laisse tranquille. Je n’avais eu aucun problème dans mon établissement. Blocage professionnel évident, dans l’Éducation nationale et dans le privé où j’enseigne, à cause de cette étiquette qui me ferme désormais toutes les portes d’une possible évolution de carrière.

3. Au niveau syndical : J’étais représentant syndical, membre de la commission juridique du Nord de ce syndicat et défenseur aux Prud’hommes. J’ai dû démissionner de ma place de déléguer et défenseur aux Prud’hommes, suite à des rumeurs sur ma citation dans ce rapport. Quand j’ai demandé à mes collègues syndicalistes de me défendre, ils ont levé les bras au ciel et regardé en l’air, en me disant : “Oh, tu sais les sectes, c’est délicat… Cela va nous retomber dessus. Le syndicat CFDT ne peut pas se permettre ça…”

4. Au niveau moral Déshonneur, obligation constante de me justifier, constamment victime de suspicion à partir du moment où est collée l’étiquette de “secte” et que l’on est cité dans le rapport parlementaire.

5. Au niveau financier: Préjudice financier qui se compte en dizaines de milliers de francs. Déplacements, communications téléphoniques, actions, recours divers, etc.

6. Au niveau associatif: Perte importante de nouveaux adhérents, impossibilité d’expression publique : refus de location de salle, retrait de bulletins municipaux, retrait de subventions. Menace sur notre local régional, dépendant de la mairie et visité à mon insu par je ne sais qui. Préjudice financier élevé au niveau associatif évidemment. Je demande au législateur s’il peut y avoir en France des espaces de non-droit lorsqu’un citoyen est mis en cause par une commission parlementaire qui n’a rien prouvé. Est-il possible à un citoyen de se voir rayer, ainsi que son association, d’une liste où il est mis par erreur dans la mesure où aucune information ou preuve quelconque n’a été apportée depuis la parution du rapport? L’Association de psychanimie et moi-même, en tant que président, sommes manifestement ici devant un excès de pouvoir remettant gravement en cause la démocratie. J’engage tout le monde ici à faire un recours en justice. Je me suis présenté, à plusieurs reprises, devant l’ADFI qui m’accuse d’une chose bien particulière, c’est de ne pas penser comme tout le monde. Un jour, au téléphone, la présidente de l’ADFI Lille m’a demandé : “Dites-moi un peu, quelle est votre position par rapport à Dieu ou àJésus ?“ J’ai répondu “Madame, ça ne vous regarde pas.” Elle a insisté : ‘Allez, comme ça, rien qu’entre nous… dites-moi ?“J’ai répondu : “Écoutez, pour moi Jésus, Bouddha, Mahomet, Krishna, etc., ce sont des personnages de haut niveau, venus sur la terre pour apporter une sagesse à l’humanité. Mais pour moi, c’est pareil, c’est une continuité.” Elle m’a répondu, offusquée : “Oh, mais je ne vous autorise pas à parler comme ça de Jésus. D’ailleurs vous ne pouvez pas parler de Jésus et de la religion catholique avec de telles conceptions.”

J’avais également écrit à Mme Tavernier, présidente de l’UNADFI, en lui demandant les raisons pour lesquelles je figurais dans le rapport parlementaire. Dans cette lettre, je démontrais que j’avais subi des préjudices au sein de mon établissement. En tant que sophrologue de formation, je donnais, depuis dix ans, des cours de sophrologie à des élèves de 6ème et de 5ème , aux professeurs et à mes collègues documentalistes. Mon chef d’établissement m’a dit attention, ici on ne prend pas de risques, parce que la sophrologie est souvent utilisée par les sectes. Il vaudrait donc mieux que tu arrêtes de faire de la sophrologie dans l’établissement,” Et cela alors que j’avais l’assentiment et l’accord de tous depuis dix ans et que nous étions même montrés comme établissement pilote grâce à cela. J’ai donc fait mention de cela auprès de Mme Tavernier, de l’UNADFI. Elle m’a répondu par lettre ‘je ne sais pas du tout pourquoi vous avez été cité, il y a peut—être une erreur, mais ceci dit, je crois comprendre vous faisiez de la sophrologie et la sophrologie c’est dangereux. La sophrologie doit être mise entre les mains des médecins, vous comprenez, pas du tout entre les mains des enseignants, ça doit être pour ça que vous êtes placé dans la liste des sectes.

6. Nous avons été deux fois victimes d’attentat à la bombe. Une fois, en 1976, une jeune fille a perdu sa main dans l’attentat, et une autre fois en 96, juste au moment où le rapport parlementaire sur les sectes a été publié. Jean-François “J’ai rejoint l’Église de l’Unification il y a 25 ans à peu près. J’ai eu des démêlés avec l’ADFI dès sa création. J’ai entendu plusieurs témoignages dramatiques lors de ces audiences publiques sur la discrimination, notamment à Paris avec des gens qui pleuraient. Quand je les écoutais, je me suis dit que nous étions aussi passés par là. Nous avons eu des perquisitions et pas mal de problèmes. Je me suis aperçu qu’en fait on s’était habitués. On s’est un peu blindés. Ce qui est assez particulier dans le Nord, c’est le problème de location de salles. Dès que notre mouvement veut organiser une réunion dans un hôtel ou ailleurs, systématiquement les salles sont refusées. Souvent, dès qu’on envoie les invitations, le pauvre propriétaire de la salle reçoit des coups de téléphone. Je ne sais pas exactement ce qu’on leur dit, mais, en général, ça les terrorise. En tout cas, même si le contrat est signé, et bien signé, c’est impossible d’y faire la réunion. J’ai organisé une réunion à Paris qui devait accueillir 1.000 personnes, venues d’Europe, et qui a été annulée au dernier moment. Un de mes amis m’a dit ‘je ne sais pas comment tu tiens.” Chaque fois qu’il y a une réunion, j’ai pratiquement une crise cardiaque jusqu’à ce que la réunion se passe et se termine.

Le 20 novembre, on voulait organiser une petite réunion sur le thème du couple intitulé “S’aimer pour toujours”. Donc, on envoie quelques invitations, et aussitôt paraît un communiqué de presse de l’ADFJ Nord Pas-de-Calais : Attention danger, Samedi 20 novembre doit se tenir un exposé débat intitulé “S’aimer pour toujours” organisé par la “Fédération des Familles pour la paix”. L’ADFI Nord Pas-de-Calais vous informe que derrière ce titre et le thème — a priori honorable de cette conférence — cette Fédération est en fait une émanation chargée de prosélytisme pour le compte de “la secte totalitaire MOON” (…donc, là le pauvre restaurateur commence à trembler), “cette secte est épinglée et répertoriée dans les rapports successifs consacrés aux sectes coercitives, dont celui de 1999, intitulé “Les sectes et l’argent”. Si le communiqué de presse ne suffit pas pour le restaurateur, c’est l’article dans Nord Eclair qui achève le travail de sape. En conséquence, le pauvre restaurateur a craqué. On y faisait des conférences depuis un an environ, une fois par mois, sans aucun problème… Il nous a adressé le fax suivant : “Urgent, suite aux différentes conversations avec plusieurs personnes, dont la presse, je suis dans l’obligation d’annuler le séminaire de demain.” Le plus dur a été en 1992 lorsque Mme Moon est venue dans le Nord. J’avais loué une salle à cette occasion et en rentrant chez moi après la signature du contrat j’entendais à la radio que le contrat était cassé. Les gens étaient absolument terrorisés. Nous avons deux fois été victimes d’attentat à la bombe. Une fois en 1976, une jeune fille a perdu sa main dans l’attentat et une deuxième fois en 1996, juste au moment où le rapport parlementaire a été publié. Plusieurs articles étaient parus dans la presse, dont celui du Point qui était intitulé : “Sectes la chasse est ouverte”. Quelques jours après, on a eu une bombe dans notre siège social, dans le XIVe arrondissement. Il était quatre heures du matin. Heureusement, personne n’a été blessé. Des témoins ont vu une voiture qui s’est arrêtée, deux ou quatre personnes qui ont déposé une valise. L’enquête s’est arrêtée là.

Autre cas. A l’époque, j’étais à Roubaix. Deux journalistes d’Antenne 2 prennent rendez-vous pour un thème tout à fait différent. J’ouvre la porte et à ce moment-là je vois un petit journaliste, Mme O de l’ADFI Lille et un grand journaliste derrière, en train de filmer. Je demande : “Qu’est-ce qui se passe ?“ Elle s’est mise à hurler “Vous avez toujours des choses à cacher.” Je lui demande de sortir. Pendant ce temps-là, bien sûr, le journaliste filmait. Quelques jours plus tard tout cela figurait dans un reportage à la télévision intitulé “La mamie contre les gourous”. On me voyait mettre dehors Mme Ovigneur et les gens ne pouvaient pas savoir comment ils s’y étaient pris. J’avais beaucoup de cas de personnes qui, au niveau de leur travail, ont dû souffrir. Surtout depuis la parution du rapport parlementaire, parce que, maintenant tout le monde dit “Vous êtes cités dans le rapport parlementaire. “

7. Dans Le dossier, il est dit que je fais partie d’une “secte” et que je ne consacrais pas de temps à ma famiLLe. Tout ce La, parce que je prenais six heures par mois pour Les activités associatives et raide aux défavorisés.
Frédéric “Je suis père de cinq enfants. Je fais partie de deux mouvements spirituels dont l’organisation du sage indien Sai Baba depuis 1998. En 1988 j’ai vécu une expérience hors corps que je n’avais pas provoquée et, à partir de ce moment, j’ai commencé à travailler en silence, sans rien dire, au sein de ma famille. Je lisais, je prenais des notes, je travaillais sur la prière. Cela allait durer sept ou huit ans jusqu’en 1995 où je suis entré en contact avec les enseignements de l’Amorc. Trois années plus tard, je prenais contact avec l’organisation de Sai Baba. Dans cette organisation il y a trois activités le service d’abord, par exemple on donne à manger aux SDF le samedi midi au parvis Saint-Maurice. Ensuite, les chants sacrés, une heure par semaine, puis tous les quinze jours un cercle d’étude d’une heure. Donc cela me prenait 6 heures par mois. Mon ex-épouse est venue une fois à un cercle d’étude pour discuter de spiritualité. J’avais trois enfants à ce moment-là. Et puis en juin 1998, j’ai projeté d’aller en Inde au mois de juillet. A ce moment-là, ma femme a commencé à envisager le divorce. Je sais qu’elle a contacté l’ADFI parce que je suis tombé sur des papiers d’inscription pour une somme de 250F. L’ADFI considère le groupe de Sai Baba comme une “secte dangereuse” qui enrôle les enfants. Je suis parti en Inde et, quand je suis revenu, j’ai été convoqué pour une conciliation. Dans le dossier, il était dit que je faisais partie d’une “secte” et que je ne consacrais pas de temps à ma famille. Tout cela parce que je prenais alors six heures par mois pour les activités associatives et l’aide aux défavorisés. Moi personnellement, je vivais une dimension spirituelle mais je n’avais pas l’impression d’avoir gêné quiconque. Ma méditation ne pouvait nuire à quiconque. Il n’y avait aucun signe extérieur de mon appartenance à un groupe spirituel. Ce qui n’a pas empêché ma femme de demander le divorce, la garde des enfants, l’autorité parentale, l’aide judiciaire… la totale. Le magistrat m’a dit “Qu’avez-vous à vous reprocher?” Je lui ai répondu “Moi, je n’ai rien fait. J’appartiens à un mouvement spirituel. Je me développe, j’essaie de comprendre les choses de la vie. “. Il m’a demandé si je voulais divorcer et je lui ai répondu que non. Mais comme ma femme veut divorcer, on continue la procédure.”

8. “Comme vous Le savez, l’existence de La commission d’enquête parlementaire sur Les sectes ayant cessé du fait même de La publication de son rapport, il n’entre désormais dans La compétence d’aucune autorité parlementaire d’apporter au contenu de ce rapport quelque modification que ce soit:’ (Alain Gest) Oriane : “Quelques personnes ont monté les associations “Energie et Création” pour faire des stages de formation personnelle. On a été mis sur la liste des “sectes”. Il y a eu la longue errance pour essayer d’en sortir mais cela a toujours échoué. Je suppose que pas mal de gens connaissent ça. Je vais quand même citer cette phrase, dont je ne me lasse pas, d’Alain Gest en réponse à un courrier pour essayer de sortir de la liste, du moins demander quoi faire. Voici cette phrase “Comme vous le savez I’ existence de la commission d’en quête parlementaire sur les sectes ayant cessé du fait même de la publication de son rapport, il n’entre désormais dans la compétence d’aucune autorité parlementaire d’apporter au contenu de ce rapport quelque modification que ce soit.” Ça avait le mérite d’être clair. On a connu l’errance des interdictions des salles, toutes ces brimades que beaucoup d’autres ont connues. Je suis de la Nièvre et la particularité est que tout le monde se connaît et personne n’ose venir nous parler. Personne n’est même venu nous demander ce qui nous arrivait simplement. Vraiment, c’était le silence. Même des gens qui nous connaissaient très bien jusque-là. Ça a été encore pire avec le deuxième rapport sur “L’argent et les sectes”. Dans ce rapport il est question de l’immatriculation à la formation professionnelle de ces stages, et le rapport dit : “Grâce à cette immatriculation elle exerce ses activités & formatrice.” Le rapport insinue que la formation existe à cause du numéro d’immatriculation professionnelle, ce qui est totalement faux. On est apparu régulièrement dans le journal. Entre-temps ma clientèle personnelle - je suis énergéticienne, magnétiseuse - a diminué de moitié d’un coup, et l’association a perdu quasiment tous ses membres. On a essayé de survivre, mais nous n’avons plus d’activité depuis deux ans, ce qui n’empêche pas qu’on continue de défrayer la chronique. J’ai eu la mauvaise idée de participer à la marche des femmes, et j’ai monté un collectif On était six et on a organisé une conférence. Dans le Journal du Centre, on avait fait passer une toute petite annonce. J’avais donné mon téléphone et le journal a carrément publié une mise en garde de l’ADFI, au même endroit que notre communiqué “L’Association de de’fense des familles et individus (ADFI) précise à propos de la journée des femmes en Beauvais à Saint- Sauge, mercredi 8 mars, que les 2 numéros de téléphone figurant dans le communiqué du Journal du Centre, renvoient à la secte ‘Énergie et Créativité” à Saint-Sauge et à Nevers.”
Depuis, c’est mon mari qui a été mis sur la sellette, il est régisseur de spectacles et il travaille sur un projet médiatisé dans les journaux nationaux, qui s’appelle “32 + 32”, un projet de la Nièvre. Les représentants d’un groupe “anti-sectes” sur Nevers ont écrit à des membres du Conseil général pour dénoncer la participation de mon mari à ce projet. Mon mari a porté plainte. La plainte a été classée sans suite, ça ne nous a pas vraiment surpris. Nous sommes quand même contents parce qu’il y est écrit “Préjudice ou trouble peu important causé par l’infraction”, c’est donc qu’il y a quand même un petit préjudice.”
9. Cette personne m’a expliqué qu’il a fallu qu’elle soit soignée deux mois dans un hôpital psychiatrique pour qu’elle retrouve un semblant d’équilibre. A ma connaissance, cette personne a été tellement traumatisée qu’elle n’a pas pu avoir d’enfant. Bénédicte: “Des techniques de déprogrammation ont été utilisées contre des membres de notre église au moins à trois reprises. La fondatrice de l’ADFI, Mme Champolion avait déclaré à propos de cette méthode : “Il n’est pas question de copier ce qui se fait aux États-unis, mais nous pouvons nous inspirer du courage, de la solidarité et de l’esprit pratique manifesté par les familles”. Certaines personnes, qui n’avaient rien à faire avec la religion, sont venues d’autres pays pour kidnapper certains de nos membres : des jeunes filles ou des jeunes hommes, majeurs et vaccinés. L’une d’entre elles avait 26 ans. Les parents devaient donner une forte somme d’argent. Je connais bien le cas d’une personne que j’avais rencontrée en Corée. Cette personne mariée a été kidnappée et amenée dans une maison dans le Jura. Tout cela avec l’accord des parents mais je ne pense pas qu’ils savaient ce qui se passait. La police a finalement trouvé cette maison mais elle a mis du temps pour cela. Dans notre idéologie, on respecte la pureté du mariage et de la sexualité. Ils ont mis une de nos membres mariés dans une maison où les toilettes n’avaient pas de porte. Des personnes avec de gros tatouages la réveillaient au milieu de la nuit. Ils faisaient des simulacres de viols. On lui montrait des films pornographiques en mêlant la Bible à cela. Ils prenaient la Bible et l’injuriaient en disant “Le révérend Moon te prostitue.”

Cette personne m’a expliqué qu’il a fallu qu’elle soit soignée deux mois dans un hôpital psychiatrique pour retrouver un semblant d’équilibre. A ma connaissance, cette personne a été tellement traumatisée qu’elle n’a pas pu avoir d’enfants. Nous sommes trois filles de la même famille à être entrées dans l’Église de l’Unification. Au début, ma mère n’avait aucun problème avec cela. Mais elle a pris peur par la suite à cause de tout ce climat médiatique. J’ai le regret de n’avoir pas eu de relation profonde avec ma mère qui a coupé les ponts en entendant toutes ces choses négatives. Chaque fois que j’ai voulu revenir à la maison, c’était des insultes sur ma foi. Et c’est seulement lorsque mes soeurs sont devenues mamans et que ma mère a découvert qu’elle avait un cancer de l’intestin qu’elle a commencé à lire des livres de spiritualité et qu’elle s’est ouverte. Malheureusement son cancer était trop avancé. Tout cette désinformation médiatique m’a volé ma relation avec ma mère. Moi j’ai encore des enfants qui sont à l’école élémentaire mais je vais témoigner pour deux mamans qui n’ont pas pu venir. Depuis l’année dernière en septembre, il existe un programme scolaire, créé par l’Education nationale pour discréditer les “sectes”. On a demandé à la fille d’une de ces deux mamans de créer un dossier contre sa propre religion. Ils ne savaient pas qu’elle avait cette religion, mais vous imaginez ce qu’elle a ressentie ! Et pareil pour un autre adolescent de 16 ans. Dans sa classe ils ont écrit un dossier contre Moon. Si vous connaissez la psychologie de la pré-adolescence et de l’adolescence, c’est un moment dans la vie où on est très impressionné par ce que les autres pensent, on a un besoin d’appartenance. Or, si tout le monde est en train de parler de “secte”, imaginez ce que l’enfant ressent ? C’est une inquisition dans l’éducation même des enfants, c’est dans le sens propre, un viol dans l’âme de l’enfant.”

La solution : la création d’un observatoire impartial.

« Les nouveaux mouvements religieux devraient faire l’objet d’études sérieuses, dépassionnées. Il faudrait les aborder sur le plan scientifique et cesser de les vouer aux gémonies chaque fois qu’on prononce leur nom. Que l’on sache enfin de quoi l’on parle! Le gouvernement devrait encourager les recherches sérieuses, dans le cadre du CNRS en particulier, s’il est convaincu qu’il faut prévenir et informer avec impartialité. » (Jean Séguy)

A l’inverse des autres démocraties, la France ne dispose d’aucun observatoire impartial pour étudier le phénomène des nouveaux mouvements spirituels et religieux. Pourtant le Conseil de l’Europe a recommandé à plusieurs reprises la création de tels observatoires (voir par exemple la recommandation 1202 relative à la tolérance religieuse dans une société démocratique et la recommandation 1412). Le rôle d’un tel observatoire serait de recueillir sur les nouveaux mouvements religieux des statistiques fiables, d’encourager les travaux scientifiques, d’informer avec impartialité les pouvoirs publics et la presse, de conseiller les parents ou les anciens membres, de servir d’instance de médiation en cas de conflit. Par contre, la France finance sur fonds publics des groupes de pression comme l’ADFI et le CCMM et elle a créé une mission interministérielle de “lutte” contre les sectes. Dans ces conditions il n’est nullement surprenant que l’image des nouveaux mouvements spirituels et religieux donnée aux citoyens français soit une image exclusivement négative, les médias s’alimentant auprès de ces organisations. L’aboutissement logique est donc la création d’une législation d’exception à caractère liberticide. Avec la France, seules la Russie et la Chine ont adopté récemment une telle législation. Dans la plupart des autres pays, qui disposent d’observatoires impartiaux, la tendance est à l’apaisement et au dialogue entre les pouvoirs publics et les nouveaux mouvements spirituels et religieux. Les dérives, quand elles existent, sont réprimées avec l’application de l’arsenal législatif existant. Ainsi, après la séparation de l’Eglise luthérienne de Suède et de l’Etat, entrée en vigueur le 1er janvier 2000, la Suède a créé un statut de “communauté religieuse” et a accordé ce statut, avec d’autres avantages, à des mouvements qui font l’objet d’une inquisition d’Etat en France, comme l’Eglise de Scientologie ou les Témoins de Jéhovah. Dans le rapport d’une commission publié en 1998, la Suède renonçait à utiliser le terme “secte” et lui préférait celui de “nouveaux mouvements religieux”. Le rapport parvenait à la conclusion que les nouveaux mouvements religieux ne représentaient pas une menace sérieuse pour l’ordre démocratique et que toute violation de la loi devrait être traitée dans le cadre des dispositions légales existantes. La commission recommandait par ailleurs la création d’un institut de recherche conçu comme intermédiaire entre les groupes religieux et la société. Récemment la Suisse, dans un rapport à l’intention du Département fédéral de justice et de police publié en décembre 2000, a conclu que la situation avec les nouvelles religions n’avait pas changé de manière significative depuis 1998 et qu’il y avait lieu de renoncer à une surveillance préventive par les organes de protection de l’Etat, tout en continuant à échanger, par l’entremise de la police fédérale ou d’une autre autorité responsable de la protection préventive de l’Etat, des informations sur les événements et les derniers développements dans le domaine.

Voici une liste non exhaustive des observatoires mis en place dans différents pays, pour informer de manière impartiale sur le sujet des nouveaux mouvements spirituels et religieux. Ces observatoires ont tous en commun d’être totalement indépendants, financièrement et statutairement, des groupes qu’ils étudient. Certains sont subventionnés par les pouvoirs publics.

Inform (Grande-Bretagne) : Observatoire créé en 1988, subventionné par le ministère de l’intérieur, comprenant dans son conseil d’administration des représentants des grandes religions et des sociologues.

Cesnur (italie) : Observatoire créé en 1988 par des sociologues des religions. Le Cesnur gère la plus importante collection d’ouvrages en Europe sur les nouveaux mouvements religieux (20 000 volumes).

Institute for the Study of American Reflgion (États-Unis) : Observatoire créé en 1969 par des sociologues des religions. Il gère la plus importante collection d’ouvrages au monde sur les nouveaux mouvements religieux (50 000 volumes).

Remid (Allemagne) : Observatoire créé par des sociologues des religions en 1989.

Finyar (Suède) : Observatoire créé en 1995 par des universitaires de l’université de Stockholm.

Isorecea (Pologne) : Observatoire créé en 1995 par des sociologues des religions provenant essentiellement des pays d’Europe centrale.

New Religions Research and Inforniation Center (Lituanie) : Observatoire créé en janvier 2001 par des sociologues, des psychologues, des juristes, des historiens et des théologiens.

VIK, centre d’information sur La religion (Hongrie) : Observatoire créé récemment par des universitaires au sein du département d’étude des religions, fondé en 1996.

Observatoire des religions (Suisse) : Observatoire créé en 1999 à l’université de Lausanne, au sein du Département Interfacultaire d’Histoire et de Sciences des Religions.

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