Des parents accablés
Extraits d’une émission sur Europe 1 relatant l’histoire d’un couple harcelé dans un climat de chasse aux sorcières contre les minorités spirituelles, alors que leur enfant est atteint d’une leucémie foudroyante.
L’action de harcèlement décrite lors de cette émission était uniquement fondée sur les informations orientées fournies au procureur par des activistes de la lutte contre les minorités de conviction.
Europe 1. 13 heures 15 - 14 Juillet
Emission de Pierre Ransé « Paroles d’accusés
Pierre Ransé
Bonjour, ils sont accusés du pire crime, celui d’avoir laissé mourir leur enfant. Après avoir été dénoncés, ils ont été arrêtés, insultés, humiliés pour finalement être totalement blanchis par la justice qui les a reconnus innocents. Deux ans de cauchemar judiciaire pendant lesquels ce père et cette mère de famille ont accompagné Paul, leur garçon, qui est mort d’une leucémie. Ils sont là pour témoigner ici dans « Paroles d’accusés » et pour dire qu’ils n’ont pas de haine, de rancoeur. Christine Durand,bonjour
Christine Durand.
Bonjour,
PR
On commencera avec vous, madame. Si on était à la télévision, on dirait que vous acceptez de témoigner à visage caché. A la radio, c’est plus simple, on va dire que tout simplement ce que vous demandez c’est que je ne donne pas votre identité, ni celle de votre mari, c’est bien ça ?
Ch D
Oui, merci.
PR
Pourquoi demandez-vous qu’on ne donne pas votre identité ?
Pierre Durand
C’est juste pour préserver notre vie professionnelle. Sinon, il n’y a vraiment rien à cacher.
PR
Très bien. Christine Durand, vous êtes médecin c’est bien ça ? Vous faites quoi, exactement ?
Ch D
Je suis médecin spécialisé en rééducation, c’est à dire tous les gens qui sont handicapés, d’une façon ou d’une autre.
P
Voilà, vous êtes mariée avec Monsieur, Pierre Durand, vous avez des enfants….
Ch D
Nous avons deux filles.
PR
Oui, comment est votre famille comment ça se passe ? Vous avez une vie de famille…une vie….
Ch D
Une vie de famille, une vie sociale tout à fait normale. Nous habitons en région parisienne.
PR
Vous avez fait des choix professionnels, je crois, puisque vous étiez chef de clinique.
Ch D
Oui, j’ai fait un choix professionnel pour prendre du temps, pour écouter mes patients, donc de travailler en libéral, de quitter l’hôpital pendant un temps et les enfants sont venus et j’ai fait le choix de les élever et de travailler à mi-temps pour élever mes enfants.
PR
Pierre Durand, qu’est ce que vous faites dans la vie ?
PD
Je suis gérant de société, je suis dans la communication. Donc, toute cette affaire judiciaire m’a permis de mettre en pratique tout ce que j’essaie d’enseigner à mes clients.
PR
On va voir ça. Madame Durand, on va essayer de savoir pourquoi on vous a traités comme ça. On vous a accusés de quoi exactement ?
Ch D
On nous a accusés de trois motifs différents les uns après les autres. Et le premier c’était d’avoir mis en péril la vie de notre enfant et c’est pour ça qu’on a été mis en garde à vue pendant 36 heures.
PR
On va revenir sur tout ça, sur tous ces détails. En clair, très simplement on vous a reproché d’avoir laissé mourir votre enfant.
Ch D
Oui, mis en péril sa vie parce que nous ne l’avons pas hospitalisé immédiatement dès que le diagnostic de leucémie a été connu. Le diagnostic, je l’ai fait immédiatement, le premier jour, dès les premiers symptômes et nous avons attendu quelques jours pour chercher absolument toute solution qui aurait pu le soigner autrement ou précéder l’hospitalisation.
PR
Vous, Pierre Durand, quand on vous a accusé, on vous a dit quoi ?
PD
On m’a fait comprendre que c’était absolument irresponsable de ne pas avoir mis mon enfant à l’hôpital en chimiothérapie. Ce sur quoi j’ai répondu que je considérais que c’était une décision de bon père de famille que de ne pas prendre une décision aussi grave sans avoir au moins plusieurs alternatives. Et qui plus est, je suis un père d’origine allemande donc pour moi, la vérité absolue c’est quelque chose…. dans mes gènes, on m’a appris que c’était dangereux.
PR
Voilà, parce que votre enfant, Paul, avait quel âge à ce moment là ? Neuf ans. Il est frappé d’une leucémie foudroyante. On va voir comment.
Ch D
Une leucémie foudroyante et gravissime, une des plus rares qui existent.
PR
Et derrière cette accusation, il y a autre chose, c’est votre foi, votre foi catholique. Vous êtes catholiques, tous les deux ?
Ch D
Je suis catholique.
PD
Et moi, je suis protestant.
PR
Vous êtes très croyant, on va dire ça comme ça. Au point que pour les autorités de ce pays, vous appartenez à une secte, c’est bien ça ?
Ch D
Nous ne sommes pas une secte, mais c’est vrai que cette association est considérée comme une secte guérisseuse.
PR
Alors justement, il y a une actualité qui concerne ce rapport parlementaire et qui concerne les sectes. Jean-Marc Florand, bonjour. Vous êtes l’avocat de Christine et Pierre Durand. Qu’est ce qui se passe avec les associations qui sont qualifiés de sectes et les membres de ces associations qualifiées de sectes par les autorités ?
Maître Jean-Marc Florand
Alors il faut savoir que la qualification de secte n’a pas de sens sur le plan juridique puisque le mot secte n’a pas de définition juridique. Donc on devrait supprimer purement et simplement ce terme du vocabulaire dans les enceintes judiciaires. Deuxièmement l’actualité est nourrie puisque le Premier ministre, Monsieur Raffarin, avant son départ de Matignon, a signé une circulaire prévoyant qu’on ne devait plus se référer au rapport parlementaire qui avait listé extrêmement imprudemment un certain nombre de mouvements comme pouvant être des sectes. Donc maintenant il est conseillé aux autorités de ne plus se servir de cette référence, de ne pas procéder par liste mais de procéder par critères objectifs, cas par cas.
PR
Alors, Christine Durand, on va en venir à une affaire douloureuse, celle pour laquelle vous avez été accusés, c’est le sort de votre enfant Paul, il a dix ans, et vous me dites : «il avait une santé fantastique ». Comment ça se passe, la vie avec Paul à ce moment là ? Il a la leucémie et juste avant l’annonce ?
Ch D
C’était la rentrée des classes, il y a trois ans bientôt et il était en pleine forme. Nous rentrions de vacances. Deux semaines après la rentrée des classes, il était allé le matin à l’école tout à fait normalement et à midi la maîtresse le renvoie à la maison. Elle demande qu’on aille le chercher parce qu’il est particulièrement fatigué, il dort en classe. Il revient à la maison, je le vois immédiatement au cabinet et en effet, j’ai vu certains signes qui m’ont fait penser à quelque chose de grave. Je lui fais les premiers examens complémentaires : radio, scanner, la prise de sang le lendemain matin à jeun, et immédiatement a été fait le diagnostic de leucémie grave.
PR
Vous l’apprenez…..
Ch D
Je l’apprends par téléphone, par le médecin du laboratoire qui m’appelle, parce que je suis médecin, les choses se font comme ça. Ce n’est pas une manière très agréable de l’apprendre, mais je ne lui en veux pas, il n’avait pas d’autre choix, et à ce moment là……
P R
Qu’est ce que vous pensez ?
CH D
Une implosion intérieure, parce que ce terme de leucémie, je ne sais pas si c’était déjà une intuition, mais j’ai vraiment eu l’impression qu’on allait avoir à faire face à quelque chose de très douloureux, à la fois pour lui, pour nous, pour la famille. Nous nous sommes immédiatement enquis de là où il faudrait l’hospitaliser sur Paris. Nous avons la chance d’habiter près de Paris, nous ne sommes pas en pleine brousse, donc il y a assez d’hôpitaux et je savais où l’emmener très vite dès que les signes allaient …. »
PR
Alors qu’est ce que vous décidez, qu’est ce que vous décidez, qu’est ce que vous faites comme traitement ? D’abord vous accusez le coup, comment vous l’accusez ?
PD
Ma femme dit « imploser », moi je dis « exploser ». J’avais du mal à aligner mes pensées, je tournais en rond, mes idées se mélangeaient. On a essayé d’appeler un certain nombre de connaissances, des médecins qu’on connaissait parce que je sais que dans certains pays comme l’Allemagne, que dans beaucoup d’hôpitaux, on soigne aussi bien par la médecine d’école, par la chimie en parallèle avec des médecines alternatives qui sont des médecines homéopathiques, phytothérapeutiques ou autres, soit pour accompagner, soit pour prévenir, soit pour diminuer les doses, pour accompagner le traitement du cancer, soit pour retarder provisoirement.
Donc on a tout de suite réfléchi : où est ce qu’on peut trouver des contacts de personnes qui peuvent nous donner des pistes, sachant que c’est plus difficile en France que dans les autres pays occidentaux.
PR
Donc, vous faites une recherche; qu’est ce que vous décidez concrètement ?
Ch D
On a appelé un médecin en Allemagne qui a l’habitude de traiter avec ces médecines. Il nous a rappelés en nous donnant deux pistes et on a commandé ces médicaments. Certains en France et d’autres en Suisse et le temps que les médicaments arrivent on lui a donné tous les soins qu’on pouvait lui donner à la maison.
PR
Alors, comment ça se passe avec Paul ?
Ch D
D’abord, il était dans notre chambre, parce qu’à ce moment là, on l’a mis dans notre chambre pour le surveiller pour que ce soit plus simple et je l’ai surveillé toute la journée, toute la nuit et on lui a donné déjà certaines médications douces pour le préparer et puis surtout tout l’amour de notre famille, des amis et de la famille qui passait.
PR
Voilà. Vous, monsieur, comment vous réagissez ? Combien de temps ça prend, tout ça ? C’est le temps de commander les médicaments, de les faire venir, le temps de s’occuper de Paul ?
Ch D
Ca prend jour et nuit, le temps que les médicaments arrivent avant le week-end etc …… Avec la meilleure volonté, ça a duré quand même trois ou quatre jours. Donc on a pu lui donner au bout de trois ou quatre jours ses médicaments qui le préparaient à la chimiothérapie et au bout de deux jours, on s’est très vite rendu compte qu’on était débordé par la situation. Et en effet, on a su beaucoup plus tard qu’il avait la forme la plus rare et la plus grave de maladie, 10 cas dans le monde en dix ans et donc, cette malade évoluait très très rapidement, c’était vraiment très fulgurant. Le nombre de globules blancs doublait en quelques heures ou en deux ou trois jours. Nous ne pouvions pas attendre plus longtemps. Je l’ai mis dans une ambulance et je l’ai conduit toute seule à l’hôpital.
PR
C’est la décision que vous avez prise …..
Ch D
Ah! oui.
PR
Après avoir essayé de l’accompagner avec une autre médecine, quitte à retarder ou à reprendre plus tard ce traitement, mais là, vous décidez de l’hospitaliser, Vous partez à l’hôpital tous les deux.
Ch D
Oui, mon mari me rejoint à l’hôpital.
PR
Puis vous rentrez, et là…..
Ch D
On a passé la nuit à l’hôpital puisqu’il a été hospitalisé en réanimation et…
PR
On arrive à la maison à 6 heures du matin et à 10 heures, la police arrive, la brigade des mineurs arrive, trois ou quatre policiers, en demandant à voir notre fils, parce qu’il paraît qu’il y a un enfant malade dans cette maison. Donc on leur explique qu’il est déjà à l’hôpital, nous on a cru naïvement que cette histoire était terminée puisque Paul était hospitalisé. On n’a pas vraiment l’habitude de la justice et de la police.
PR
Est ce que vous savez pourquoi les policiers arrivent chez vous ce jour là ?
PD
Nous n’avions aucune explication. On n’y a pas réfléchi longtemps parce que la priorité, c’était Paul. Donc on n’avait aucune explication sur le sujet. Ce n’est qu’au moment où on a été convoqué un mois plus tard pour une audition.
PR
Que vous disent les policiers quand ils arrivent chez vous ?
PD
Nous avons reçu un signalement comme quoi il y avait un enfant malade ici qui devrait être à l’hôpital.
PR
Pierre Durand, vous me disiez que les policiers sonnent chez vous parce qu’ils ont reçu un signalement. Un signalement, c’est quoi ? Et ça vient de qui ?
PD
Un signalement, c’est un terme qu’on peut utiliser de nos jours et que à une autre époque on appelait dénonciation. Il s’est avéré, et je ne m’en suis rendu compte qu’au moment d’une audition à la brigade des mineurs qui est devenu une garde à vue, lorsqu’à un moment donné on me demande: « Est-ce que vous connaissez monsieur untel et le monsieur untel » c’était mon meilleur ami et en une fraction de seconde, j’ai compris que s’était lui qui nous avait dénoncés du fait de notre appartenance à une religion minoritaire.
PR
Pour certains une secte, pour d’autres une association qui regroupe des gens qui pratiquent leur foi. C’est bien ça ?
PD
Exactement, c’était tout simplement un développement spirituel. On en avait parlé une fois il y a deux ans et puis on n’en avait jamais parlé depuis parce que le ton des victimes ce n’est pas le genre de notre association. Et il s’est avéré qu’il a cru que nous étions devenus fous, qu’on avait perdu la tête, que nous étions manipulés parce que nous avions osé garder six jours à la maison notre fils et ne pas le mettre à l’hôpital, donc il avait décidé pour nous. C’est à dire, qu’il m’avait condamné, jugé, condamné sans même m’avoir entendu ! Quand je l’ai revu d’ailleurs, après, en lui disant « tu aurais pu au moins me mettre un ultimatum, me prévenir ». Sa réponse a été « tu sais bien que j’ai toujours évité les sujets qui fâchent ». Donc, c’est un bel exemple de jusqu’où peut aller le non-dit.
PR
Madame Durand, quand la police …. vous rentrez de l’hôpital, vous venez de faire hospitaliser votre fils, vous êtes fatiguée, vous êtes implosée, explosée comme le dit son papa, Paul a une leucémie et vous découvrez que les policiers sonnent à votre porte à six heures du matin, comment vous réagissez ?******
Ch D
Il n’y a pas 36 façons de réagir. Je leur ai dit qu’il n’était pas là, qu’il était hospitalisé, et ils sont repartis. Ils n’ont pas voulu nous dire pourquoi, qui, comment et on a vraiment, vraiment, cru que c’était terminé. Et un mois plus tard on est convoqués à la police. On pensait que c’était juste pour être auditionnés et on a été séparés tous les deux et mis immédiatement en garde à vue et ça a duré trente six heures avec perquisition à la maison.
PR
On va voir que ça va durer beaucoup plus longtemps que ça, Jean Marc Florand. La machine judiciaire se met en route, sur un signalement, Pierre Durand faisait remarquer quelque chose très pertinent ; un signalement, une dénonciation, qu’est ce que c’est, comment sa marche ? Comment peut-on se retrouver comme ça avec des policiers qui sont devant la porte pour une garde à vue sur un signalement ? ******
Maître Florand
Il faut savoir qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes, de manière anonyme, ou non anonyme, en l’espèce pour Mr et Mme Durand c’est non anonyme, se croient autorisées à prévenir les services de la police ou les services de la justice, de la commission d’infractions correctionnelles ou criminelles. Alors ça en soi, c’est déjà particulièrement, je dirais contestable, mais ce qu’il faut savoir c’est que la machine judiciaire y donne tout crédit. Vous avez même des numéros verts où vous pouvez dénoncer pour des infractions de manière tout à fait anonyme. Alors ça ne peut que rappeler des temps peu glorieux pour notre pays, mais c’est la réalité quotidienne. ******
PR
Christine Durand, la machine judiciaire se met en route, vous me dites ça a été une véritable torture morale parce qu’on veut vous forcer à avouer et pendant ce temps, Paul est en train de mourir.
Ch D
On est mis en garde à vue, on ne sait pas combien de temps ça va durer. A huit heures du matin, quand ça a commencé, on nous a demandé qui on voulait prévenir, évidement. Alors il y avait un numéro d’avocat et un numéro de famille. Et ils ont attendu jusqu’à 18 heures pour prévenir la famille. De temps en temps on leur demandait « vous avez prévenu ? » « Ha! non-non non-non » et il demandait au procureur de la république, il disait toujours « non-non non-non, toujours pas ». Donc ça, j’assimile ça à une torture morale, un harcèlement pour nous faire avouer quoi, je ne sais absolument pas. C’est un moyen de pression. Et pendant ce temps-là notre fils était à l’hôpital, et comme on devait être jour et nuit avec lui, qu’on l’était déjà depuis un mois, et qu’on était le mois suivant, évidement c’était douloureux pour nous de savoir que rien n’était organisé pour lui.
PR
Vous aviez des nouvelles de Paul, il était conscient, il parlait ?
Ch D
Aucune nouvelle
PR
Je veux dire, il était hospitalisé mais il savait ce qui ce passait, que ses parents étaient absents…
Ch D
Il voyait bien que ses parents étaient absents, mais il ne savait pas pourquoi il n’avait pas été prévenu.
PD
Ce qui pour moi a été le plus dur pendant cette garde à vue, c’est que j’entendais dans mon coeur Paul appeler : « papa, maman, où êtes vous ? Pourquoi n’êtes vous pas là ? » Ca a été le plus dur pour moi.
Ch D
Et on n’avait pas le droit de le prévenir.
PD
Nous essayions quand il était à l’hôpital d’organiser des permanence à son chevet, beaucoup nous-même, mais comme c’est très fatiguant, on avait des proches qui nous aidaient, et là, il n’y avait personne à son chevet et il allait très mal, c’était un moment où il allait très mal.
PR
Et c’est à ce moment là, vous de me dites : « les humiliations commencent parce que pour les policiers, d’après ce que vous m’avez dit, pour eux, vous êtes forcément coupables et vous subissez, pour le moins, ce qu’on appeler certaines brimades.
Ch D
Il doit y avoir pire. Evidement il doit y avoir bien bien pire que nous. En plus, nous sommes d’un caractère à se faire respecter, donc nous nous sommes faits respecter pendant cette garde à vue. Je n’ose imaginer ce qui se passe pour ceux qui se laissent écraser.
PR
Donnez-moi un exemple de ce qu’on vous a fait subir.
Ch D
C’est très sournois, parce que c’est la façon de poser les questions. C’est le ton sur lequel on les pose et l’acharnement à poser tout le temps la même question qui nous paraît sans fondement et anodine.
PR
Et matériellement, concrètement, vous avez été reçu, vous étiez dans un bureau…
Ch D
Dans un bureau avec un commissaire de police…
PR
Ça a duré, plusieurs heures. Comment ça s’est passé pour se restaurer, pour aller….
Ch D
Pour se restaurer, il faut demander, supplier et il faut payer. Ça peut paraître normal, mais il faut vraiment supplier. On a du avoir deux sandwiches en 36 heures.
PD
Deux sandwiches et 3 gobelets d’eau, moi aussi en 36 heures, vraiment en insistant lourdement.
Ch D
Et pas de petit déjeuner, et la perquisition à la maison, pendant trois heures avec 4 policiers avec impossibilité de parler à la dame qui heureusement était arrivée la veille et qui gardait nos enfants.
PR
Parce que pendant ce temps, il y a vos deux autres petites filles qui sont à la maison.
Ch D
Oui. Alors s’il n’y avait eu personne avec elle ? Elles auraient été à la DASS pendant ce temps là ? Elles auraient été mises dans les services de…
PR
Vous même, pendant toutes ces heures que vous passez dans les locaux de la police judiciaire, comment ça se passe ? Vous avez besoin, bon, de vous restaurer, on l’a vue. Vous prenez des médicaments, vous aussi…
Ch D
Oui. Quand on va aux toilettes, c’est la porte ouverte, évidement, avec quelqu’un qui est devant et qui…
PR
Qu’est ce qui s’est passé, je vois que monsieur, votre mari…
Ch D
Il s’est passé quelque chose d’assez incroyable, comme la garde à vue a duré longtemps. Il a fallu passer une nuit, c’était dans un autre commissariat, dans une cellule de deux mètres sur deux, avec une planche avec le motif de l’inculpation affiché sur la porte et tous les policiers qui rentraient dans le commissariat qui viennent regarder le motif et qui viennent regarder qui est derrière ce motif.
PR
Lesquels par exemple ?
Ch D
Alors, je veux prendre un médicament pour une maladie chronique, et la femme policier qui vient de me fouiller toute nue, oui j’ai eu le droit, je crois qu’on appelle ça une fouille à corps. Et celle qui vient me fouiller toute nue m’accompagne aux toilettes, porte ouverte, bien sûr, j’appuie sur le bouton que je crois être celui de la chasse d’eau et je prend une douche froide et je sors de la pièce, très surprise; elle riait et me montre le bouton des toilettes qui est à l’extérieure la pièce. Donc, je ne considère pas ça comme anodin, C’est un moyen de pression, un moyen d’intimidation et puis je veux prendre mes médicaments et elle me dit, toujours avec le même pffff…. avec ce soupir : “Vous vous soignez, vous ne soignez même pas votre fils “.
PD
On voit défiler des personnes en garde à vue et je ne pense pas qu’ils fassent tellement la différence entre accusé et mis en accusation ou condamné. On est dans la cellule, c’est que de toute façon, on est un salaud, on est une ordure, on est pestiféré. Enfin c’est des regards qui font froid dans le dos. Si on n’a pas la faculté de rester concentré, de garder la confiance en soi… je n’oublierai jamais le bruit fracassant de la porte de la cellule qui s’est refermée sur moi. Je me suis retrouvé dans 2 mètres carrés. Après on ma retiré la ceinture, les lacets, les lunettes et même mon chapelet pour que je ne puisse pas prier.
PR
Madame Durant, vous disiez tout à l’heure que vous aviez demandé à passer deux coups de fil. Le premier, c’était pour organiser la veille auprès de votre fils.
Ch D
On a le droit, hein, on a le droit de passer ….
PR
De prévenir un avocat. Vous avez un avocat pour vous défendre à ce moment là
Ch D
Oui, il est venu nous voir au moment du petit déjeuner. *
PD
Le deuxième jour. Ce n’est pas Jean-Marc Florand qui est présent ici.
Ch D
On ne le connaissait pas encore.
PR
Qu’est ce qu’on peut faire Maître Florand ?
Maître Florand
On vérifie d’abord que les droits des gardés à vue ont bien été notifiés, le fait de prévenir un membre de la famille, le fait de demander un avocat, le fait de demander à voir un médecin. Voir si tout s’est bien passé le jour, la nuit, s’il n’y a pas eu de brutalités notamment. Et doit être dressé un rapport sur un livre spécial de garde à vue dans chaque commissariat. Et puis deuxièmement, c’est je crois aussi très important, il appartient à l’avocat des gardés à vue de rassurer, du moins en leur expliquant quel va être l’avenir des gardés à vue, et c’est pas forcement pour les rassurer, mais leur dire que ça ne peut pas dépasser 48 heures, qu’à l’issue ils seront libres ou présentés au juge d’instruction, qu’ils peuvent être ensuite sous contrôle judiciaire ou mis en détention. Mais c’est au moins déjà les rassurer sur le fait de savoir quand ça va cesser, d’une manière ou d’une autre, mais quand ça va s’arrêter.
PR
Alors, madame Durand, oui, Pierre Durand ?
PD
Je crois que… j’ai vu notre avocat, je lui suis tombé dans les bras et je lui ai dit: « dites à ma femme que je l’aime », c’est tout ce qui m’est venu à l’esprit.
PR
Parce que vous êtes séparés…, l’un de l’autre
PD
Toutes ces méthodes d’intimidation sont quand même fallacieuses. La chose qui a été la plus dure, et pas seulement la garde à vue, pendant tous les auditions après, auprès de la juge d’instruction, c’est la sensation que quoiqu’on dise, on est jugé d’avance. C’est ça qui est épouvantable et qui est innommable pour un pays qui se considère comme ayant à donner des leçons de liberté au monde entier. On se croirait à une époque d’inquisition ou sous un régime totalitaire, C’est vraiment…des haussements d’épaules…quoiqu’on dise, ils ont déjà leur opinion. Et ça, c’est absolument horrible, il faut l’avoir vécu pour savoir ce que cela représente
PR
C’est ce que vous vivez pendant que Paul, votre garçon, de dix ans, de neuf ans, est à l’hôpital en train de lutter dans un hôpital contre la leucémie. C ‘est le sentiment que vous avez, c’est d’être forcément jugé coupable.
Ch D
Oh oui ! Toutes les questions étaient orientées. Vous savez, on peut voir le verre à moitié plein ou a moitié vide. Eh bien ils le voyaient systématiquement à moitié vide.
PR
Justement, puisqu’on parle de questions, au bout de la garde à vue qui se déroule dans les locaux de la police judiciaire…
Ch D
De la brigade des mineurs ….
PR
Ca se passe dans un endroit et on vous emmène dans un autre endroit pour voir le juge. Il y a un transfert, je crois, vous découvrez les cachots. C’est ce que vous m’avez dit.
Ch D
Sous le tribunal d’une très grosse ville de banlieue proche, on se croirait au moyen âge. On est mis immédiatement dans un cachot avec les latrines à même le sol. Les murs qui sont recouverts d’inscriptions écrites avec des déjections et du sang, parce que c’est tout ce qu’ils ont pour s’exprimer ceux qui sont dans ces cachots. Il n’y a même plus de planche, c’est le béton, c’est sale, et dès qu’on nous fait sortir au bout de deux heures de cachot, je ne peux dire d’autre mot pour ça, le policier, d’un air tout à fait patibulaire, nous met les menottes. Je dis “Oh, vous n’allez quand même pas nous mettre les menottes”. Et vraiment, là, on est rabroué. Et le même policier, une fois qu’on est libéré, est absolument gentil et adorable avec nous.
PR
On verra ensuite comment vous avez été libérés, par ce que là, vous partez chez le juge d’instruction.
Ch D
Le juge d’instruction. On arrive dans son bureau, séparément avec les menottes aux poignets. Elle nous dira d’ailleurs après que ce n’était pas nécessaire.
PR
Que ce passe t-il, Mr Durand chez le juge ? Vous vous expliquez, vous dites “Je suis le père d’un garçon, il a une leucémie, qu’il est à hôpital, mon épouse est médecin, qu’est ce que vous nous reprochez ? On doit rejoindre notre enfant, on en a deux à la maison, un a hôpital”. Vous lui dites ça et qu’est ce qui se passe ?
PD
Je lui dis “je ne comprends pas ce qu’on fait là, c’est complètement inhumain ” et on nous répond ” eh bien écoutez, c’est la procédure “. Alors c’est une réponse qui met du baume au coeur dans ce genre de situation, et vraiment, on voit, les questions sont là pour piéger. C’est à se demander s’ils ne préfèrent pas des mensonges qui arrangent à une vérité qui dérange. C’est vraiment ça.
PR
Des explications pour faire tenir, plutôt que pour vérifier des points à charge ou à décharge.
PD
Il faut qu’on démontre qu’ils ont été manipulés, qu’ils sont dans une secte guérisseuse, qu’ils sont très dangereux. Et dès qu’on essaye de montrer ce qu’on ressent sur certains arguments… on expose que la foi est pour nous importante aussi….
PR
Pour l’instant, vous pratiquez, Mme est catholique.
PD
Absolument. Donc, le fait de dire qu’on a essayé de miser aussi sur certaines médications qui ne sont pas prises au sérieux par la médecine d’école, peut-être. Mais autant que je sache, il y a quand même plus de la moitié des français qui se soignent à l’homéopathie et suivent des traitements qui jouent sur le terrain et pas directement sur la maladie; et tout ça, ce sont des foutaises, on a droit à des haussements d’épaules, à des ricanement dès qu’on parle de la foi ou d’autres choses, dans un pays démocratique comme la France, je trouve ça très grave.
PR
Vous avez donc droit, vous aussi à un interrogatoire chez le juge d’instruction, le magistrat instructeur, ça se termine comment ?
Ch D
Ça se termine par une remise en liberté sans contrôle judiciaire. On n’avait qu’une envie, c’était de rejoindre Paul à l’hôpital.
PR
Maître Florand, après l’humiliation de l’arrestation, de la garde à vue, avec tout le traitement qu’on vient d’entendre, un magistrat instructeur décide de les remettre en liberté. Ils échappent à la détention provisoire, ils n’ont pas de contrôle judiciaire.
Maître Florand
Mais ils sont mis en examen pour les infractions qui leur sont reprochées à l’égard de leur fils, Paul.
PR
Ils ont échappé à la prison là, à votre avis ?
Maître Florand
Ils ont échappé à la prison. Alors moi, je n’étais pas l’avocat qui les a assistés au départ. Mais il est évident que dans ces affaires là, où il y a un grand danger pour un enfant mineur et où les parents appartiennent à une confession minoritaire ou une association spirituelle, il y a toujours un risque de détention. Il suffit que le paquet le demande énergiquement et que le juge l’accepte pour que, je dirais, la messe soi dite, on peut se retrouver en détention. Ils y ont échappé et Dieu merci.
PR
Alors, ils y ont échappé, et il faut retrouver Paul. Il faut retrouver vos deux autres enfants parce que pendant ce temps là, vous dites; ” il a fallu gérer “, comment vous vous organisez ?
Ch D
A l’hôpital ? Jour et nuit. C’est à dire qu’on dort (il y a un lit dans la chambre) ça c’est extraordinaire, les services pour enfants, maintenant, sont, Dieu merci, à Paris très bien organisés pour ça et très humains. Donc on est en permanence avec lui. Il a fallu aussi gérer les dégâts que la police a faits à l’hôpital. La police est allée voir le chef de service. Il voulait même interroger Paul et le chef de service s’y est opposé à 36 reprises tellement il était mal. La police leur a dit qu’on était dans une secte, etc… des affirmations graves. Heureusement, le chef de service et tout son service ont été… et nous on ne le savait pas, pendant un mois, ça. Ils ont fait ça pendant le mois où nous ignorions même qu’il y avait ce problème de police.
PD
Il faut aussi gérer les nombreuses personnes de notre entourage qui ont été affolés. Il y en a eu certaines qui ont été traumatisées par la façon dont elles ont été reçues.
Ch D
Les moyens de pression qu’il y a eu sur eux. On leur a fait croire qu’ils allaient avoir un contrôle fiscal etc, des choses graves, des moyens de pression pendant l’interrogatoire.
PR
Mme Durand, vous me disiez que pendant que vous luttez contre la maladie qui est en train d’emporter votre fils, pendant que vous l’aidez à lutter, le procès continue autour de vous, et que les gens sont interrogés, en quelque sorte on fait le procès sans que vous ayez la possibilité de vous défendre, c’est bien ça ?
Ch D
Ce n’est pas encore un procès, c’étaient des interrogatoires. On constituait le dossier en vue d’un procès ou en vue d’une libération. Nous, ça s’est terminé en correctionnel avec un procès au bout de deux ans, mais on a été interrogé plusieurs fois pendant plusieurs heures d’affilée, en présence de notre avocat, par cette juge d’instruction qui n’était pas qualifiée du tout. Il faut savoir que les juges d’instruction n’ont pas une compétence particulière par rapport au dossier qu’ils ont à instruire.
PR
Alors, un malheur n’arrivant jamais seul, après avoir rencontré le juge d’instruction, Pierre Durand, vous rencontrez le juge pour enfants parce qu’on prévoit aussi de vous enlever la garde des deux autres petites filles qui sont à la maison.
PD
Ça fait partie de la procédure. C’est à dire que comme, à priori, nous sommes des fous dangereux, évidement nous sommes suspectés de ne pas être en état d’élever nos deux autres enfants, donc la juge pour enfants nous reçoit pour voir si elle ne doit pas mettre nos enfants à la DASS.
Maître Florand
Pour savoir s’il n’y a pas de mesure d’assistance éducative à prendre, il y a donc l’idée que la sécurité, la santé des deux autres enfants sont en danger.
PR
Donc ça c’est obligatoire
Maître Florand
Ce n’est pas obligatoire. Mais là, c’est un paquet cadeau qu’on leur fait. On aurait pu que les envoyer chez le juge d’instruction, mais le procureur a pensé qu’il était utile aussi de saisir le juge des enfants. Ce n’est pas obligatoire.
PR
Quand je dis que ce n’est pas obligatoire, ils sont obligés… d’aller s’expliquer.
Maître Florand
Ah, bien il faut aller s’expliquer devant le juge des enfants, au pénal également, parce que le juge des enfants est une juridiction à lui tout seul, pénale.
PD
Le côté macabre est que notre fils Paul, qui était au plus mal au fond de son lit à l’hôpital, était convoqué aussi.
PR
Et alors, comment ça se passe chez le juge pour enfants ?
PD
Là, je dois dire, c’est peut être le fruit de nos prières ou de notre conscience ou de notre foi, mais on a eu une juge qui était très humaine, très avenante, très compréhensive et je remercie le ciel qu’on soit tombé sur elle. Et j’imagine, malheureusement, que tous les juges ne sont pas comme elles.
Maître Florand
Elle était vraiment catastrophée de la situation judiciaire qui était celle de monsieur et madame Durant et elle a décidé pour au moins soulager leur peine dans ce dossier là, de rendre immédiatement, ce qui est quand même rare, un non lieu à mesure d’assistance éducative. Elle est même allée plus loin, puisqu’elle s’est même excusée auprès des parents du sort qui leur avait été réservé par la justice en disant qu’elle ne comprenait vraiment pas, au moins ce qu’ils faisaient dans son cabinet du juge des enfants.
PD
Voilà, je l’ai même remerciée en fin de séance pour sa réaction humaine, je lui ai dit que c’était la première réaction humaine depuis le début de la procédure à laquelle j’ai été confronté.
PR
Voilà, ça c’était le procès. Dans le procès on vous a menacés également de vous retirer deux petites filles qui sont à la maison. Alors l’enquête par ailleurs, le procès qu’on vous a fait continue et il y a une expertise pour savoir si oui ou non, pendant les six jours pendant lesquels vous avez gardé Paul à la maison, le temps de voir s’il n’y avait pas une autre médecine, c’est le choix des parents, on verra ça plus tard, votre choix pendant ces six jours là, vous n’avez pas mis en danger la vie de Paul. Et il y a eu expertise judiciaire avec un médecin expert qui est désigné par le juge d’instruction, qui rend ce rapport. Que dit ce rapport ?
Ch D
Il conclut que nous n’avons pas mis en péril la vie de notre enfant
PD
La preuve de l’acharnement de l’appareil judiciaire est très simple, c’est qu’on a été d’abord mis en accusation pour la mise en péril de la vie d’un mineur. Suite à ce rapport d’expert qui montre que ce motif ne tient pas, on a requalifié en ” défaut de soins ” et à la fin de cette procédure on a préféré nous renvoyer quand même devant le tribunal correctionnel pour la 3ème …
PR
Vous êtes accusé en disant : « vous avez laissé mourir votre enfant parce que pendant les six jours vous avez essayé de trouver une autre médecine, vous l’avez mis en danger et vous êtes le responsable de sa mort ». L’enquête a lieu, il y a une expertise qui dit « pas du tout », pendant ces six jours ça n’a rien changé… L’affaire devrait être réglée, mais là on change d’accusation. Une fois qu’on produit un moyen de se défendre et qu’on prouve son innocence, on peut vous faire un procès jusqu’à la fin de vos jours.
Maître Florand
C’est ce que Monsieur Durand disait tout à l’heure, c’est-à-dire l’impression que c’est jugé coupable d’avance. Puisque le rapport de l’expert nommé par le juge, il est très clair. Il dit : « même s’il avait été hospitalisé à la première minute du diagnostic de leucémie il serait quand même décédé dans les mois qui ont suivi », première question. Et deuxième question, les symptômes qu’il a eus ensuite. La détérioration de toute une série de fonctions vitales qu’il a subies auraient été exactement les mêmes. Donc en un mot, avoir retardé l’hospitalisation de 4 ou 5 jours tout en le soignant autrement, n’a eu aucune influence : ni sur le processus qui a entraîné sa mort, ni sur sa mort elle-même, donc sans conséquences. Donc, ils auraient dû avoir un non lieu à ce moment là.
PR
Madame Durant, Paul est à l’hôpital, c’est la fin, on vous dit qu’on ne peut plus rien faire pour lui et qu’il va mourir. C’est ça ?
Ch D
Mais pendant trois mois, sur les quatre mois et demi, on nous a dit tous les jours : « il va mourir et nous ne voulons pas que vous ayez le moindre espoir. Et ça pour nous, c’est terrible, parce que l’une de mes bases aussi de médecin, c’est de donner l’espérance. Ça fait partie de notre foi, de ce que je considère comme la nature humaine et de l’humanité à avoir pour les autres du genre humain sur cette terre, c’est vraiment donner toujours l’espérance. Parce qu’on ne sait jamais quelle va être l’issue d’une maladie, même si les statistiques disent que c’est une très rare, très grave etc… On a gardé l’espérance jusqu’au bout. Ils ont essayé de nous la détruire tous les jours. Je pense qu’ils avaient peur de cette confiance que nous avions et on leur a proposé à ce moment là d’accepter des traitements que nous avions essayés pendant ces quelques jours à la maison avant l’hospitalisation, en complément d’une petite chimiothérapie puisqu’ils n’avaient plus rien à proposer et qu’ils l’avaient sorti de la chambre stérile pour qu’il meure dans des conditions plus dignes, dans une chambre normale. Et à ce moment là, on a fait une nuit de prière dans le monde entier pour Paul, et le même jour, on a commencé les deux ou trois médicaments ou médications adjuvantes pour aider la chimiothérapie. Et ce jour là, il a commencé à aller mieux, vraiment mieux. C’est à dire que au bout de deux ou trois semaines il n’y avait plus aucune cellule malade, maligne, dans son sang. Et c’était très surprenant, vraiment très surprenant de là où il partait. Pour nous ça a été un cadeau extraordinaire parce que pendant ce mois-là on a pu reprendre vraiment contact avec lui, avant il ne pouvait même plus sourire tellement il souffrait. Il ne pouvait même plus parler, c’était absolument affreux les effets secondaires de la chimiothérapie qu’on lui a vus. Le chef de service a dit que c’était l’enfant qui avait le plus souffert de toute sa carrière. Alors évidement, les doses de chimiothérapie qu’il a reçues y sont aussi pour quelque chose et l’évolution de cette maladie aussi, mais ces médications que nous avons essayées, peut-être maladroitement au début, nous n’avons pas eu le temps à la maison de faire correctement, ont marché à l’hôpital. Et, ça pour moi, ce serait un signe d’espoir que je pourrais lancer à cette médecine actuelle. Si on pouvait dans la médecine actuelle, associer les progrès de la médecine et aussi les progrès des médecines naturelles pour diminuer les doses, les effets secondaires, ce serait extraordinaire pour le bien des patients.
PR
Pierre Durand, Paul décède en février 2003. Malheureusement, pour vous, ça ne s’arrête pas, parce que il y a un procès qui est prévu, et l’année d’après, vous passez en procès. Votre fils est décédé, vous passez en procès au motif que pendant les six jours où vous l’avez gardé à la maison, vous seriez responsable de sa mort. Comment on va se faire juger dans des conditions pareilles ?
PD
Je dirais que la chance dans ce chemin de croix c’est que finalement, ces accusations étaient totalement relatives par rapport …. Nos souffrances, nos peurs ou nos cogitations étaient vraiment relativisées par rapport à la souffrance et au chemin de croix de Paul. Donc, c’était quelque part surréaliste. Je pense qu’on avait la chance d’avoir la foi, d’avoir gardé confiance, même confiance dans l’issue de cette torture judiciaire.
PR
Quand vous arrivez dans la salle d’audience il y a des magistrats, il y a un peu de public, il y a aussi…
Maître Florand
Les renseignements généraux…
PR
Les policiers des renseignements généraux me dit maître Florand.
PD
On a l’impression d’être dans un film, on a l’impression de rêver, mais…
PR
Comment ça se passe avec le magistrat qui vous juge, le président, la présidente ?
Ch D
Quelle chance on a eu, c’était une présidente. Remarquable, remarquable, d’une humanité… c’est la gloire de la justice, les gens comme ça, vraiment. On n’avait, pour une fois, pas l’impression d’être jugés d’avance. Elle nous a posé des questions qui nous semblaient pertinentes, qui nous semblaient justes, humaines, avec une voix qui n’était ni méprisante, ni condescendante. Elle faisait attention de ne pas nous blesser, elle a commencé l’audience en nous disant qu’elle n’avait jamais vu un cas aussi douloureux, de toute sa carrière …. à juger.
PR
Et elle vous juge comment ? Assez rapidement, je crois maître Florand, parce que exceptionnellement, la justice là ne met pas en délibéré.
Maitre Florand
Non, exceptionnellement la présidente, car c’est une audience collégiale, a décidé que vu ce qu’avaient déjà enduré monsieur et madame Durand, elle rendrait la décision le soir même et elle a rendu la décision une petite heure après, ou moins d’une petite heure. Naturellement de relaxe pure et simple. Mais il faut savoir que, je dirais c’est la gloire effectivement de la justice, de tomber sur un magistrat de qualité. Mais ce qu’il faut remarquer dans cette affaire là, c’est que le parquet représentant le procureur de la république aurait pu renoncer à ses réquisitions. Mais non, le parquet a continué, a pris des réquisitions aux fins de condamnation de monsieur et madame Durand.
PR
Vous êtes acquittés, enfin on dit relaxés dans les affaires correctionnelles.
Maitre Florand
Sans appel du Parquet.
PR
La justice ne vous reproche plus rien, à ce moment là. Vous, est-ce que vous avez quelque chose à vous reprocher, ou pas du tout ?
PD
Absolument rien du tout à nous à nous reprocher. On a toujours eu la conscience tranquille et heureusement que nous avons la foi en une justice divine. Et je pense, si je peux dire ça tous ceux qui m’entendent, je pense qu’il est très important de croire qu’il y a une justice divine, parce que la pensée est créative et l’espoir fait vivre et il faut avoir confiance. Sinon, je pense qu’on doit devenir fou et je crois qu’une des grandes chances qu’on a eues, je pense le côté positif de tout ça, c’est d’avoir la conscience plus ouverte aux traumatises que tous ceux qui doivent vivre des horreurs, tous les innocents qui vivent des tragédies et ça permet de développer une autre compassion et de comprendre qu’il y a des souffrances, certes qui sont un petit peu difficiles, de pouvoir témoigner de ce qu’on a vécu et je dirais que tout ce qu’on a vécu là, c’est aussi une épreuve qui a consolidé ma foi, notre foi.
PR
C’est à dire qu’on en ressort plus fort… la même chose pour vous, madame Durand, vous ne vous reprochez rien, vous n’avez pas douté pendant ces six jours où Paul est resté chez vous, vous êtes médecin, vous avez une double responsabilité, celle de maman, et celle de médecin.
Ch D
Je le surveillais, je savais que j’étais tout près d’un hôpital et qu’on pouvait y aller immédiatement, j’espérais. Bien sûr, j’espérais, nous avons espéré jusqu’au dernier moment.
Maitre Florand
Et même, s’il y avait eu erreur, ce que je ne crois pas, de jugement, comment peut-on reprocher à des parents exposez dans un tel moment, de ne pas mettre leur enfant dans cette machine infernale de souffrance, c’est absolument légitime.
PR
Ca, c’est le choix des parents. Vous me dites que les parents n’ont pas le droit de choisir ce qu’ils veulent pour leur enfant malade.
Ch D
Non, je crois que non.
PR
Maitre Florand ….
Maitre Florand
Sur le principe, les parents ont le choix. Mais on sait très bien que si le choix n’est pas le choix officiel de la médecine officielle, on aboutit, comme Mr et Mme Durand, à des ennuis judiciaires. Il y a quand même un certain nombre de cas. Et moi ce qui me frappe dans leur dossier dont j’ai été l’avocat, c’est le gâchis judiciaire là dedans ! C’est le gâchis judiciaire parce qu’il est évident qu’ils auraient pu bénéficier d’un non lieu, on aurait pu leur éviter un procès.
PR
Madame Durand, merci d’avoir témoigné, merci de votre courage.
Ch D
Merci à vous.
PR
Pierre Durand merci. Qu’est ce que l’on peut vous souhaiter ?
PD
Simplement, je viens témoigner de ce qu’on a vécu et de dire: ” Ne perdez pas confiance “, ce n’est pas parce qu’il y a des erreurs judiciaires qu’il n’y a pas quand même une justice, je pense qu’il faut rester positif et simplement avoir confiance, qu’il y a des injustices et…
PR
On est là pour en parler. Merci d’avoir témoigné
Fin de l’émission