Un chef d’orchestre exclus

Chronique de la discrimination contemporaine

 

N°1 : Un chef d’orchestre exclus pour ses convictions religieuses

 

Né à Postdam en 1948, E S a reçu très jeune une formation complète de violoniste et de chef d’orchestre. C’est à 6 ans qu’il commence le violon, et à 15 ans il dirige son premier concert à Lausanne.

 

En 1978, ES est lauréat du Concours des Jeunes chefs d’orchestre à Besançon, il est ensuite nommé à la tête de l’Orchestre de cette ville en 1979. Un an plus tard, il est engagé par  les Ministères de la Culture d’Allemagne et d’Egypte pour diriger les saisons musicales de l’Orchestre Symphonique de l’Académie des Arts du Caire. Il commence alors une carrière internationale qui le conduit aussi bien aux USA que dans les grandes villes d’Europe. ES est invité dans de nombreux pays pour la direction d’orchestres symphoniques et d’orchestres de chambre : France, l’orchestre philharmonique de Poitiers, Suisse, Portugal, Kiev – l’orchestre de la Radio Télévision ukrainienne, Sarajevo, etc …

 

En 1985, il fonde l’ Académie Internationale d’Orchestre et de Direction d’Orchestre (AIDIMOS). L’ AIDIMOS a depuis accueilli plus de 1500 stagiaires originaires de 30 pays différents.

 

ES est convaincu de la nécessité d’ancrer la musique au sein de la population grâce à des artistes locaux. Il s’implique volontiers dans des projets de développement local. C’est ainsi qu’il fut amené à diriger le Grand Chœur de l’Abbaye aux Dames à Saintes (Charente Maritime).

 

C’est en 1990 qu’il rencontre tout d’abord l’orchestre Poitou-Charente : « Je dirigeais les concerts en tant que chef invité. On m’a confié une œuvre de Mozart et une cantate de Bach. Lors d’une autre opération avec l’orchestre ukrainien, nous avons fait conjointement une tournée à Kiev et en Poitou-Charentes. Ensuite on m’a demandé quelques conseils à l’époque où l’Institut de Musique Ancienne de Saintes et le Festival venaient de se séparer. L’association du Grand Choeur s’est formée. J’ai assuré l’association de mon soutien pour qu’elle survive et prenne son envol selon le but de ses statuts : faire de la musique chorale symphonique ! »

 

« A partir des années 1994-1995, on m’a invité pour préparer et donner la messe de Bruckner. Au cours de la dernière saison, il a fallu trouver l’orchestre, les artistes, instaurer un rythme de travail pour que l’on puisse reprendre une vitesse de croisière. Voyant que j’arrivais à arranger les choses, on m’a demandé d’encadrer le chœur. J’ai accepté d’assumer une sorte de direction artistique. Pour obtenir l’harmonie des choristes qui présentent des différences individuelles, le travail doit être très ciblé. J’ai proposé des solutions. Elles ont été retenues. J’ai estimé que les choix devaient obtenir l’accord de tous. Nous sommes allés voir ensemble le chef de chœur, Mme Bourret. Un premier vote a eu lieu en juin 96, déterminant nos conditions de travail. Tout aurait donc pu continuer normalement si des bruits de couloir, détestables, n’avaient pas circulé à mon sujet… »

 

En effet, en septembre 1996 le maire de Saintes, Michel Baron, conditionne le renouvellement de la subvention accordée au Grand Chœur à la démission d’ES. Pour quoi ce revirement soudain alors que tout le monde est très satisfait de la prestation d’ES ?
La seule raison invoquée est la récente découverte qu’ES est membre d’une minorité religieuse.

 

Cette décision de la ville de Saintes a un double effet, puisque cette subvention conditionne l’attribution d’une subvention plus importante ( 310 000 F ) du Conseil Général de Charente Maritime.

 

Un courant de soutien à ES se crée, le vice président du chœur, pour débloquer la situation, organise un vote auprès des 120 choristes pour connaître leur position. Le résultat sera sans appel : 80 % votent pour le respect de la vie privée d’ES et pour son maintien à la tête du chœur, estimant que son travail passait avant toute chose, et que, de surcroît, il n’avait jamais fait allusion à ses croyances religieuses.

 

Cependant, la mairie maintient ses conditions : le départ d’ES pour accorder la subvention.

 

Celui-ci préfère donc finalement donner sa démission pour débloquer la situation et avant tout préserver l’avenir du Grand Chœur de Saintes.